La boulangerie

« Tu es sûr que c’est une bonne idée ?
— Pourquoi ça en serait pas une ? On a plein de client tu sais, répondit Serge.
— Je sais, je sais, mais je veux dire, tu y passe déjà beaucoup de temps…
— Oui, je sais bien, mais il faut bien qu’on gagne de l’argent non ? Et puis, c’est bien connu que le métier de boulanger ça demande beaucoup de temps mon chéri. »
Gauthier ne répondit rien.
« Ne t’en fait pas, je ne t’abandonnerais pas, toi ou notre fille, dit Serge en souriant.
— Ça n’est pas ce qui m’inquiète…
— Alors qu’est-ce qu’il y a ? »
Après un silence qui sembla durer une éternité, Gauthier répondit enfin : « Rien… J’ai juste peur que tu te ruine la santé à travailler sans cesse comme ça.
— Je ne suis pas mon père, ma famille et ma santé passeront avant le reste. Mais c’est juste que c’est plus possible maintenant de garder la boulangerie dans la petite remise à coté de la maison, il y a beaucoup trop de client.
» Et puis, ça veut dire que j’aurais suffisamment de place pour engager des employés et réduire ma charge de travail, t’as pensé à ça ?
— Je ne suis pas sûr que ça « réduira ta charge de travail » mais si tu le dit.
— Tout ira bien, ne t’en fait pas. » murmura doucement Serge en enlaçant Gauthier.

La Boulangerie Tessier était située en plein centre du village, deux cents mètres de leur maison. Elle était énorme, en comparaison avec le placard à balais dont il se servait jusqu’à présent. C’était une vielle bâtisse qui avait eu besoin d’un simple rafraîchissement et mise au norme sanitaire avant de pouvoir ouvrir. Occasion pour Serge de montrer ses talents de pâtissier et de faire une pièce montée magnifique. Faite de chocolat, de fruit rouge avec des touche de caramel, elle fut l’attraction principale de l’ouverture de la boulangerie. Une part fut bien sûr offerte aux premiers arrivés, notamment aux mères de Gauthier, Catheline et Damaris Leroux, et à l’une de ses sœur, Sabrina Leroux.

« Kévin et Amandine ne sont pas venu ? demanda Gauthier à sa sœur.
— Non, ils ont prévenus Serge qu’ils avaient un examen important aujourd’hui et qu’ils seraient pas disponibles.
— Oh. Ça fait longtemps que je ne les ai pas vu, comment ça se passe à l’université ?
— Très bien, l’association est tellement populaire qu’on est quasiment tout le temps envahis de monde, répondit Sabrina en riant. C’est sympa mais c’est un peu épuisant par moment.
— J’imagine oui.
— Et toi, comment ça va en ce moment ? T’as pas l’air dans ton assiette.
— Ça va, ça va. J’angoisse juste un peu de tout ça. » Il désigna le bâtiment autour d’eux.
« À cause du prêt ?
— Non, à cause de Serge, il va encore se ruiner la santé, je le sens. »

Il y eut un silence pendant lequel Sabrina cherchait quoi dire pour rassurer son grand frère. Mais malheureusement elle savait qu’il avait raison, Serge passait déjà plus des trois quart de son temps dans la petite boulangerie qu’ils avaient avant, il n’y avait aucune raison que ça change maintenant malgré ce qu’il pouvait en dire.

« Tu lui en as parlé ?
— Bien sûr, il a dit qu’il déléguerait, j’espère.
— Fais lui confiance, va, grand frère. »

Bien sûr ce ne fut pas le cas. Sa charge de travail ne diminua pas, mais surprenamment elle n’augmenta pas malgré le nombre croissant de clients qui entrait dans la boutique tous les jours. Bientôt elle serait connue dans tous les villages alentours et aurait plus de succès que jamais. Ça n’apporta pas un grand réconfort à Gauthier cela dit. C’était son mari qu’il voulait, pas plus d’argent.


Écrit le 3 Sans-culottide 229.

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