Nanowrimo et burnout

En Novembre 2021, j’ai tenté le Nanowrimo, un challenge assez connu sur internet qui consiste à écrire le premier jet d’un roman (dans les 50000 mots) en un mois. J’en ai profité pour tenter de mettre un peu d’ordre dans l’histoire que je traînais depuis un moment sous la forme de nouvelle disparates, celles de Chien Errant (dont certaines sont disponibles sur le blog). Je suis du genre à me lancer dans l’écriture avec une idée de base et à me laisser porter pour voir où ça me mène, j’avais donc un plan assez léger : une série de scène, quelques personnages, et basta.

Au début tout allait bien, je progressais même franchement rapidement, aidée par un mois léger en terme de travail salarié. Puis, à mesure que le temps passait j’avais de plus en plus de mal à écrire, ça devenait de plus en plus compliqué pour moi de savoir quoi raconter de plus. Mais pas de soucis, je me suis forcée et forcée, il fallait arriver au 50000 mots, sinon c’était un échec.

Résultat : je termine le manuscrit par « putain », je le jette dans un coin, il fait seulement 35000 ou 40000 mots, et je n’arrive plus à écrire quoi que ce soit pendant les quatre mois qui ont suivit. J’ai fait un burnout.

C’est seulement au bout de ces quatre mois à être incapable d’écrire quoi que ce soit ou de lire quoi que ce soit que j’ai finalement essayé de recommencer à écrire un peu tous les jours. Avant cette expérience j’étais capable d’écrire facilement 500 mots par jours tous les jours sans jamais en rater un seul. Depuis, je peine à atteindre les 200 mots, sans même parler d’être un minimum régulière, je passe encore des jours, des semaines voir des mois sans être capable d’écrire. Le fait d’écrire m’angoisse maintenant, alors que j’en retirais presque uniquement du plaisir avant.

Et ce premier jet, est-ce qu’il était bien au moins ? Est-ce que ça valait un peu le coup pour ce que j’ai réussit à faire ? Non. Je le déteste plus que je n’ai jamais détesté quoi que ce soit que j’ai pu créer, vous n’avez pas idée. Je le déteste et je n’ai toujours pas réussit à terminer la première relecture, ça fait presque un an qu’il est terminé et la première relecture n’est toujours pas faite.

Quand j’y pense, c’est pas l’histoire que je hais, ou ses personnages, mais le roman en lui même, sans avoir de reproche précis à lui faire. Le fait d’y penser m’angoisse, le fait de ne pas y toucher m’angoisse aussi, je ne peux pas abandonner mais travailler dessus me terrifie et me dégoûte à la fois.

UPDATE : Au final, j’ai réussi à la terminer, cette première relecture, il y a quelques jours à peine. Et avec le recul j’aime cette histoire, ces personnages, etc. Mais le constat reste le même : j’ai fait un burn-out à cause des attentes trop importantes que le challenge à mis sur mes épaules. Jusqu’à présent je n’avais fait que des nouvelles, rarement plus de 3000 mots je pense, et me lancer dans un projet aussi vaste n’aurait jamais du être fait sur une période aussi courte (avec le rythme que j’avais, j’aurais pu faire un roman de 50000 mots en trois ou quatre mois sans pour autant m’épuiser comme ça.)

C’est là ce que j’ai à reprocher au Nanowrimo et à sa communauté. Elle passe son temps à dire que « c’est pas grave de pas y arriver, l’important c’est d’essayer » mais la réalité c’est que l’objectif des 50k est au cœur du challenge, c’est ça qui en fait l’essence. Et donc il est impossible de l’ignorer, on va tout faire pour y arriver, pour ne pas échouer. C’est peut-être pas le cas pour tout le monde, mais c’est le cas pour un certain nombre de personne, moi inclus.

Si jamais je devais avoir un conseil aux gens qui pense le faire pour se motiver, ça serait : faites pas ça. Écrivez, mais n’essayer pas de vous épuiser. Faites challenge moins contraignant comme le Bradbury challenge (une nouvelle par semaine, sans limite de mots ou de taille). Essayez d’écrire un peu tous les jours, faites vous un compte (réaliste hein) du nombre de mot que vous devriez écrire par jour ou par semaines. Commencez petit, 100 mots par jours par exemple, si vous voyez que vous arrivez à faire plus pendant une semaine ou deux, vous passez à 200, etc. L’important c’est de continuer à écrire, écrire peu toute l’année sera toujours mieux qu’écrire beaucoup trois semaines.

Le 6 Frimaire 231.

Mon retour sur World of Warcraft

Quand j’y pense, ça doit faire presque 10 ans que je n’ai pas été sur World of Warcraft (un peu moins en réalité le jeu me dit avoir eu des haut-faits en 2015). Et puis là, comme ça, je me suis dit : « Ça fait un bail, vient j’y rejoue pour voir. »

J’y ai joué non-stop pendant presque deux semaines, à découvrir tout ce que j’ai manqué depuis la sortie de Mist of Pandaria (dernière extension que j’ai connu), à tester les nouvelles classes, les nouvelles zones, mécaniques de jeu, etc. Bref je me suis éclatée, mais y a un soucis. Deux en fait.

Timelines fuckées

Si je suis partie à l’époque c’était pour tout un tas de raisons. Ma guilde se délitait, mes potes avaient décroché un peu avant moi, j’accrochais vraiment pas à MoP (« gnagnagna c’est kunfu panda »), j’en avais tout simplement marre et je commençais à devoir payer un peu tout dans ma vie, donc l’abonnement à WoW est passé après le fait de payer l’appart et la bouffe. J’y ai bien rejoué de temps à autre, sur serveur privé essentiellement pour continuer à rejouer en boucle au jeu qui m’avait tant séduit à l’époque : WoW WoTLK. Que de bon souvenirs (pas que.)

Toujours est-il qu’en arrivant dans le World of Warcraft de maintenant, mes connaissances étaient pas mal rouillées, certes j’avais poncé le wiki à l’époque de WoTLK mais depuis très peu de nouvelles informations étaient entrées dans mon cerveau (oui, même quand je jouais à MoP, je vous ai dit que j’étais réfractaire au changement à l’époque.) Je savais vaguement que Thrall était parti pendant Cataclysme (aucune idée de ce qu’il était devenu par la suite par contre), que Hurlenfer avait été chef de guerre puis dégagé (et parti foutre la merde dans le passé, des bails comme ça) au profit de Vol’jin et c’est à peu près tout. Quelques trucs sur Illidan qu’est revenu, Sylvanas qui est devenue cheffe de guerre, des histoires de crimes de guerre, mais rien de précis.

Donc je débarque comme une fleur, tout est comme avant en Durotar (enfin, comme après le Cataclysme quoi), mais plus le temps passe plus je me dis qu’il y a un soucis. Qui est le chef de guerre ? Pas Thrall, pas Hurlenfer, pas Vol’jin non plus ? C’est Sylvanas apparemment, mais on ne la voit nulle part dans Orgrimmar. Enfin, c’est Sylvanas, suivant à qui on demande. Et oui, parce que Outreterre et Norfendre, que j’ai connu à l’époque, elles sont toujours là. Et elles ont toujours leurs vielles quêtes de l’époque, avec Thrall qui a envoyé une expédition en Outreterre et Hurlenfer qui dirige l’assaut en Norfendre. Oui oui, le Hurlenfer qui a été chef de guerre, puis dégagé pendant un siège sur Orgrimmar, puis est parti dans le passé, il est toujours en Norfendre sous les ordres de Thrall, qui n’est plus chef de guerre depuis un paquet de temps maintenant.

Vous devriez voir où je veux en venir je pense. Tout est mélangé, absolument tout, ce qui donne un bordel pas possible. Et encore, j’étais accrochée parce que j’aime l’univers et parce que j’avais des bases. Maintenant imaginez vous quelqu’un qui débarque, qui a jamais joué ou entendu parlé de ce jeu ou de son univers. Soit la personne décroche rapidement et passe en mode auto et rien à foutre de l’histoire (un truc déjà présent dans WoW de base à sa sortie) soit il décroche totalement s’il veut un peu d’histoire et il se tire. C’est un peu comme essayer de regarder un film au milieu du MCU sans jamais avoir entendu parlé du reste, tu va rien comprendre et tu va te faire chier. Et encore, le MCU si t’as de la vaillance tu peux retourner voir les vieux films, ici c’est possible, un peu, en partie, enfin c’est compliqué.

Le level scaling

Une fois le niveau 50 (ou 60 peut-être depuis Dragon Flight ?) atteint avec votre premier personnage, vous avez accès à Chromie avec vos rerolls. Ça permet d’étendre le level scaling de toutes les zones de 10 à 60 (50 avant Dragon Flight).

Le level scaling, pour celleux qui savent pas ce que c’est, c’est un gros changement de paradigme pour WoW, il est présent partout pas seulement avec Chromie. À l’époque tous les mobs étaient d’un niveau fixe, et en progressant ils étaient de plus en plus facile à tuer jusqu’à devenir insignifiant. Maintenant ils progressent en même temps que nous, au début tout sera niveau 1, puis niveau 2, etc. Si certains sont réfractaires à l’idée, avec l’argument qu’elle enlève une grosse part du sentiment de progression dans le jeu, il faut aussi reconnaître qu’elle permet une plus grande liberté, et qu’elle permet d’éviter d’avoir des zones et des quêtes obsolètes, ou à minima de les garder pertinentes et utiles plus longtemps.

Parce qu’on level up vite maintenant, très vite. Sans sortir de Durotar j’ai atteint le niveau 25, le niveau maximal actuel étant réduit à 60 (contrairement au 120 et des brouettes d’avant le squish de Shadowlands. Donc autant dire qu’on a pas le temps de faire plus de quelques zones avant d’être au niveau max. En soi ça serait pas un problème, si le level scaling était total, du niveau 1 au niveau 60. Mais non, les zones de Kalimdor, des Royaumes de l’Est, d’Outreterre et de Norfendre sont limitées au niveau 30, dès le niveau 34 atteint on one-shot tous les mobs, pour la Pandarie c’est le niveau 35 qui est la limite, etc. pour toutes les extensions.

Du coup, si vous êtes comme moi et que vous aimez suivre ou resuivre les histoires des anciennes extensions, vous êtes rapidement gavées. Chromie permet de mitiger ça, même si j’ai personnellement beaucoup de mal à comprendre l’intérêt de limiter le level scaling des zones ou l’intérêt de limiter Chromie à un simple outil de leveling. En effet, une fois le niveau 60 atteint, vous êtes expulsé du retour dans le temps et vous vous retrouvé avec des quêtes à moitié finie dans une zone peuplée de créature niveau 30, 35 ou 45, sympa.

Une solution utilisée est d’avoir recours à Slahtz. Qui est Slahtz ? C’est un annihilateur d’expérience, un bien joli mot pour définir un PNJ qui va vous permettre de stopper purement et simplement le gain d’expérience. Vous pouvez vous verrouiller au niveau 30, pour avoir accès à tous les continents sans vous retrouver face à des mobs trop faible pour vous, ou vous pouvez utiliser Chromie en plus de Slahtz pour arriver à des niveaux plus élevés (et donc accéder à plus de talents et de compétences) tout en restant sur des mobs qui suivent votre niveau.

J’ai utilisé la première solution un moment, puis lorsque j’ai découvert Chromie j’ai décidé d’utiliser la seconde. Et là, surprise : un bug sauvage. Ou une feature, rien n’est clair. Arrivée au niveau 59, je retourne voir Slahtz, il me fait son speech, mais aucune confirmation pour stopper mon gain d’expérience. Malheur, je suis en pleine suite de quête en Pandarie et si je gagne encore un seul niveau je suis bonne pour recommencer un perso ou passer un mode ennui maximal sur des mobs bas level.

Ce qu’il se passe ici est pas clair. Pour certains c’est juste un bug temporaire de Slahtz qui est passé suite à la sortie de Dragon Flight qui le rend tout simple inutilisable deux fois de suite (si vous avez bloqué un perso pour le débloquer vous ne pouvez plus le rebloquer à cause de ce bug), pour d’autres c’est un bug qui limite toujours Slahtz pour les niveau 1 à 50 et pas 50 à 60, et dans tous les cas ça fait plus d’un mois que des gens s’en plaigne sur les forums mais aucune réponse de Blizzard.

Conclusion

À la base je comptais faire un article célébrant mon retour sur le jeu, mais au bout d’à peine deux semaines je me retrouve avec un main trop haut level pour le contenu qui m’intéresse (à savoir : toutes les extensions à partir de Cataclysm que je ne connais que très peu), je dois dire être particulièrement gavée et à la limite de laisser tomber (je n’aime pas l’idée de devoir faire cinquante rerolls, j’aime avoir un seul personnage, peut-être deux, mais pas plus).

Sans doute que je vais continuer à y jouer, au moins pour un temps, ça serait vraiment trop bête d’arrêter alors que le reste du jeu me plaît, mais ça implique de créer encore un nouveau personnage et de le lock au niveau 45, histoire d’être safe (une autre théorie met en lien le bug de Slahtz avec le lancement de la suite de quête de Shadowlands qui arrive de force dans votre journal au alentour des niveau 46-48).

EDIT : Comme quoi, râler sur les forum, ça sert. Le bug a été corrigé et je vais pouvoir continuer à jouer mon main (mais ne vous en faites pas, je vais continuer à râler sur d’autres trucs, c’est un besoin vital pour moi.)


Le 28 Brumaire 231.

Peau neuve

Voilà, mon site fait à nouveau peau neuve (une fois tous les ans ou tous les deux ans en moyenne, j’ai un bon rythme). Après cinq ou six ans à tenter différentes solutions statiques (à la main, hugo, et d’autres dont le nom m’échappe à présent), je reviens à wordpress (mais en auto-hébergé cette fois).

Je vais remettre petit à petit les différents articles que je veux garder, en les datant correctement, tant qu’à faire, puis tenter de reprendre un peu le bloging et éventuellement la publication de fictions et de poèmes (c’est pour ça que j’ai créé un site à la base tout de même !)

Une enfance heureuse

Avertissement de contenu : mort.


La mèche blonde d’Astrid lui tombait sur les yeux tandis qu’elle se penchait vers Ravier. Le petit bonhomme ne savait même pas encore marcher et commençait tout juste à prononcer quelques mots. Elle l’attrapa et le berça pour l’aider à s’endormir. Elle ressentait la chaleur caractéristique d’un amour inconditionnel, mais malgré cela, elle était angoissée. Elle n’avait jamais pris le temps de penser à ça depuis que cette période de sa vie était terminée. Mais rien ne pourrait effacer ces années, et avoir un enfant désormais ne pouvait que lui rappeler ces évènements.

Lorsqu’elle était encore enfant, elle vivait avec sa mère et ses grand-parents, son père étant parti très tôt dans son enfance. Elle se souvenait vaguement de lui, mais la forme de son visage lui échappait et son nom lui était inconnu aujourd’hui. Un jour, il ne revint pas, tout simplement. Ce jour là, sa mère pleura toute la nuit seule dans sa chambre. Au matin, elle ne semblait être qu’une coquille vide manquant de sommeil et remplie chagrin. Petit à petit, elle se reconstruisit seule, apprenant à vivre pour elle-même et pour son enfant, et ce fut probablement la période la plus heureuse de l’enfance d’Astrid.

Les années passèrent, et Astrid grandit dans l’innocence relative que l’on accorde si souvent aux enfants. Relative car malgré les efforts de sa mère, elle voyait bien que celle-ci allait de plus en plus mal. Plus tard, on lui expliqua qu’elle était atteinte de mucoviscidose, mais à ce moment là tout ce qu’elle comprenait c’était que sa mère avait de plus en plus de difficultés à faire des efforts et à respirer, jusqu’au jour où elle n’y arriva plus du tout.

Elle était dans la chambre d’hôpital avec sa mère. Cette dernière dormait et était branchée à tout un tas de machine qui angoissait l’enfant qu’était Astrid. Elle ne comprenait pas pourquoi elle était là. Elle ne comprit pas non plus lorsque les médecins s’agitèrent autour de sa mère et qu’elle fut mise à l’écart de la pièce. Elle ne compris qu’une chose, lorsque le médecin lui parla après une éternité à attendre à l’extérieur de la chambre : sa mère n’était plus là pour elle désormais.

Après cela, elle fut persuadée de voir sa mère la nuit, qu’elle hantait la maison et errait sans but. Elle vécu à ce moment-là avec ses grand-parents maternels, Astier et Aline. Eux aussi avaient beaucoup souffert de la mort de leur enfant, bien qu’iels tentent, sans grand succès, de le cacher aux yeux de leur petite-fille. Cette évènement sembla profondément ébranler leur couple, pourtant solide depuis plus de quarante ans. Les disputes devenaient plus régulières, plus fortes à chaque fois, sans qu’aucun des deux ne fasse réellement d’efforts pour se raccommoder avec l’autre.

Au bout de quelques années, l’inévitable se produit et iels se séparèrent. Astrid rentrait alors de son lycée, ne trouvant pas Astier dans la maison elle alla voir sa grand-mère. Aline lui expliqua alors gauchement ce qu’il s’était passé durant son absence. La petite-fille sentit son cœur se serrer, elle venait encore de perdre un des deux seuls membres de sa famille. Elle s’enferma dans sa chambre et pleura autant que lorsqu’elle avait perdu sa mère, elle était terrifiée de se retrouver totalement seule lorsque sa grand-mère l’abandonnerait à son tour. Celle-ci tenta de la rassurer, elle n’allait pas l’abandonner, pour rien au monde elle ne ferait ça.

Mais ce fut le cas. Une nuit alors qu’Astrid regardait la télévision, elle aperçut sa mère du coin de l’œil, comme ce fut le cas de nombreuses fois depuis sa disparition. Elle se leva et suivi discrètement la trace du fantôme, jusque dans la cuisine. Elle vit alors sa grand-mère, dos à elle et le fantôme qui s’approchait lentement d’elle. Elle était sur le point l’appeler, pour qu’elle voit, pour qu’elle ne pense plus que sa petite-fille était folle. Mais avant qu’elle n’eut le temps de faire quoi que ce soit, le fantôme se matérialisa nettement et hurla sur Aline. La grand-mère tenta de hurler de peur en retour, mais rien ne sorti de sa bouche. Elle mit sa main sur sa poitrine quelques secondes avant de s’effondrer, inconsciente, sur le sol. Astrid accourut vers elle et tenta de la réveiller, sans succès. Elle se jeta alors sur le téléphone pour appeler le SAMU. Ils vinrent au bout de très longues minutes, au cours desquelles Astrid tentait toujours de réveiller sa grand-mère. Lorsque les ambulanciers l’amenèrent à l’hôpital, elle les suivit dans l’ambulance, toujours terrifiée par ce qu’il venait de se produire.

Une fois arrivées, elles furent séparées et Astrid dut demeurer dans la, maintenant trop familière, salle d’attente. Au bout d’un temps qu’elle ne sut quantifier, la médecin arriva, le visage grave. Elle n’eut pas besoin d’explication, elle avait comprit l’essentiel, sa grand-mère l’avait abandonné comme elle le redoutait tant. Elle était seule maintenant.

Durant le reste de son adolescence elle dut veiller sur elle-même, son grand-père n’ayant donné aucun signe de vie depuis longtemps. Elle fit de petits boulots en sortant du lycée, éreintants pour la plupart, et tenta de garder des notes relativement correctes, avec un certain succès. Une fois parvenue à l’âge adulte elle tomba amoureuse et se maria avec Théo Pujol, un des seuls amis avec lesquels elle avait réussit à garder contact durant son adolescence. Ils finirent par décider d’avoir un enfant, et maintenant elle se retrouvait paralysée par ses souvenirs alors qu’elle le tenait dans ses bras. Elle ne voulait pas lui faire subir la même chose, elle avait peur de lui avoir transmis la maladie de sa mère, elle avait peur que son couple explose comme celui de ses parents et de ses grand-parents, elle était soudainement envahie de doute.

C’est alors que le petit Ravier attrapa son doigt avec ses petites mains, il dormait paisiblement contre sa mère. Ses doutes s’évanouirent alors, quoi qu’il arrive, elle serait là pour lui, elle ferait tout son possible pour lui et son bonheur.


Écrit le 6 Vendémiaire 230.

Sur les traces d’Ultrasim

La ville manquait toujours cruellement de force d’ordre. Il n’y avait pas de commissariat, pas de patrouille, même pas un seul agent municipal, il fallait faire venir la police nationale ou la gendarmerie depuis une ville voisine à 30 minutes de route si on en avait besoin. Si certaines et certains trouvaient ça acceptable, voire préférable, à une police présente au cœur de la vie civile, ça n’était clairement pas le cas d’Alìs Bettina. Iel avait comme ambition, au-delà du fait d’être dans la police, de devenir læ prochain·e super-héroïne local·e , d’enfin mettre un terme à la gangrène qui rongeait la ville depuis bien trop longtemps.

Il avait été de celles et ceux qui avaient fait de nombreuses manifestations et appels aux élu locaux et régionaux pour enfin investir dans les infrastructure policière ainsi que dans le recrutement de nouveaux membres, stationnés proche de la ville. Une force de police lointaine ne sert à rien sinon à vaguement rassurer les gens, et encore. Malgré les pressions de leur part, et le soutient de l’Ultrasim local, rien n’avait encore été fait. La réponse d’Alìs face à cet absence de mesure fut simple : devenir justicière sans l’accord de la ville. Après tout, c’est ce qu’avait fait l’Ultrasim local, et tout le monde ou presque lui en était reconnaissant. Certes iel n’étaient qu’ado mais iel ne se laissait pas arrêter par ça. Il y avait trop de corruption et de crime dans cette ville pour qu’iel se permette de ne rien faire.

Après avoir tenté de mener différentes enquêtes sur les crimes locaux, et notamment sur l’organisation criminelle qui semblait avoir fait main basse sur la ville depuis qu’iel était enfant, iel rencontra Ultrasim. Alìs avait son soutient total dans son entreprise. L’héroïne, ou le héros, avait trop besoin d’aide pour laisser passer passer une occasion comme celle-ci apparemment.

Bientôt, l’ado pourrait découvrir qui se cachait derrière la mafia locale et, avec l’aide de son héroïne, mettre enfin un terme à son hégémonie et ramener la tranquillité dans sa ville, iel en était certain·e.


Écrit le 3 Vendémiaire 229.

Un air frais dans la nuit

Il était tard dans la nuit. Il faisait froid et un silence de mort régnait sur la rue. Rien de tout cela ne dérangeait Daniel, la nuit était son domaine. Il se tenait aux cotés de Lissandre, qui avait demandé un coup de main, comme iel disait. Le coup de main consistait essentiellement à rester planter à coté d’ellui et ne pas dire un mot. Il était important qu’on le voit bien cela dit selon Lissandre, ça lui permettrait de mieux remplir son rôle d’épouvantail, aussi étaient ils près d’un lampadaire. Le seul de la vielle rue du cimetière en fait, juste devant celui-ci. L’endroit était proprement charmant, des tombes, la vielle église, le mur en pierre à moitié écroulé par endroit, l’ombre du château du village projeté par la pleine lune, le vent dans les arbres…

Au bout d’une heure ou deux de silence total et d’ennui franc, il faut l’avouer, quelqu’un arriva enfin. Lissandre intima le silence à Daniel, même si celui-ci n’avait pipé mot depuis qu’il était là. C’était un homme, assez petit et avec dans la main une mallette similaire à celle de Lissandre. Ils échangèrent quelques mots, échangèrent leurs mallettes respectives et y jetèrent un coup d’œil. Puis l’homme reparti de là où il était venu. Lissandre et Daniel en firent de même, il l’accompagna jusqu’à sa maison, toujours dans le silence.

Une fois arrivé, iel lui proposa d’entrer et il s’exécuta.

« Merci pour ton aide, reste là, j’ai un truc pour toi. » dit-iel en partant dans une pièce du fond de la maison.

La maison semblait ancienne, une ferme probablement, c’était le cas de beaucoup de maisons dans le village. Murs épais couverts de torchis, tapisserie ancienne répartie en cinq ou six couches successives au fil des générations et des goûts, meubles en bois quasi incassables. Iel revint au bout d’une minute ou deux, avec une liasse de billet à la main.

« Tiens, pour le dérangement. »

Il regarda la liasse avec un air abruti, du point de vue de Lissandre.
« Il doit y avoir deux cent balles là-dedans !
— C’est ça oui, tu compte vite, répondit-iel en souriant. Si tu veux plus, j’ai un travail à plein temps à te proposer.
— Un travail comme ce soir ?
— Non, ce soir c’était exceptionnel. Je ne connaissais pas ce type et je voulais être sûre de pas avoir de problème avec. Je sais me défendre sans problème, mais c’est toujours plus efficace d’avoir quelqu’un qui fait peur avec soi.
— Attends, c’est moi qui fait peur ?
— Un vampire, ça fait peur à tous les humains. »

Il ne répondit rien, iel avait raison.
« Non, c’est un travail un peu plus excitant que j’ai à te proposer. Tu as déjà travaillé dans les affaires ?
— Dans une autre vie, oui. Mais c’était il y a très longtemps.
— Tu te souviens de comment ça fonctionne ?
— Vaguement oui.
— Parfait, il faudra juste que tu sois un peu plus… discret. Et brutal, parfois.
— C’est quoi exactement comme travail, Lissandre ?
— Du recel. »

Il s’étrangla à moitié en entendant ça.
« Du recel ? Mais enfin c’est quoi ton travail à toi ?
— Je gère un petite entreprise locale, rien de plus. Enfin, plus qu’une entreprise, nous sommes une famille. » Iel fit un clin d’œil à Daniel.
« Pourquoi tu me fait confiance comme ça ? On se connaît pas tant que ça je pourrais être un informateur, je pourrais…
— Tu pourrais rien du tout. J’ai des sources. Et puis, tu as attaqué la justicière locale je te rappelle, j’ai pas besoin de te faire confiance puisque si tu me trahis ton identité finira directement dans sa boîte au lettre.
— Donc, dit Daniel après un long silence, j’ai pas vraiment le choix en fait.
— Bien sûr que si, je ne te force à rien ! La seule chose pour laquelle t’as pas le choix c’est celui de garder le silence, mais pour le travail c’est comme tu le sens.
— Je… je dois réfléchir. Je te dirais ça demain. »

Lissandre le raccompagna jusqu’à la porte. En rentrant chez lui, son esprit était embrumé, trop de questions y tournaient sans cesse pour qu’il ai le temps d’y répondre.

Mais après tout, lui qui trouvait son travail actuel lassant, ce pourrait bien être une reconversion intéressante.


Écrit le 1 Vendémiaire 230.

Il n’y a rien à faire

Dormir dans le froid, manger de la merde, tourner en rond, recommencer. Ce cycle, je le connais bien depuis le temps. Il n’y a rien à faire.

Aucune idée du temps que j’ai passé ici, les jours se suivent et se ressemblent. Une fois de temps en temps un enfant s’arrête devant la grille et me regarde avant que sa mère ou son père ne l’appelle. C’est le plus proche d’une relation que j’ai. Ça, et la gamelle jetée dans ma cage le soir. Il n’y a rien à faire.

J’ai pensé à tenter de partir, loin d’ici. Mais à quoi bon, il n’y a rien à faire.

La seule chose que j’aurais voulu est impossible. Tout ce qu’il me reste maintenant ce sont mes souvenirs. Ceux de Anne. Ceux de Astier. De la vie qu’on avait. Au bar, à la maison, en balade. Y penser me fait souffrir atrocement, mais je ne peux m’en empêcher. Il n’y a rien à faire.

J’ai passé une grosse partie de ma vie dans une cage similaire, et pourtant celle-ci me paraît bien pire que dans mes souvenirs. Peut-être est-ce vrai. Peut-être pas. Les humains ici sont distants. Les employés ne m’approchent pas. Les autres ne me voient même pas. Il n’y a rien à faire.

Les vieux chiens, ça n’est pas ce que les gens veulent. Un bon chien, c’est un chien jeune, joli, une boule de poil à mettre dans le salon comme décoration et jouet pour les enfants. Il n’y a rien à faire.

Je repense à Astier. Je repense à Anna. Et je repense à leur famille qui m’a abandonné à nouveau. Rage. Il n’y a rien à faire.

Les autres chiens sont dans d’autres cages, invisibles à mes yeux. Je les entends parfois. Les jeunes ne restent pas, les vieux ne parlent plus. Il n’y a rien à faire.

Lorsqu’il pleut, je suis trempé, lorsqu’il neige, je suis gelé. Et lorsqu’il fait chaud, je n’ai pas d’eau. Il n’y a rien à faire.

J’espère revoir bientôt cette mégère qui m’a prit mes humains, j’espère que bientôt elle me visitera moi aussi. Il n’y a rien à faire.

Rien à faire.

« Eh, petit. » Des doigts contre la grille.

J’ouvre les yeux. Je vois une femme, elle passe ses doigts à travers les barreaux. J’arrive à me lever, ça faisait longtemps. Je la sens, sa peau est sombre, je ne reconnais plus les odeurs. Elle me caresse. C’est agréable, si agréable. J’avais oublié cette sensation.

« T’as pas l’air bien petit. Ça doit faire longtemps que tu es là, mon pauvre. »

Si tu savais.

« Ça te dirait de sortir ? »

Impossible. Les vieux chiens ne sortent pas.

« Je vais revenir bientôt avec mon fils, tu verra. »

Elle est partie. Il n’y a rien à faire à nouveau.

« Tu vois, c’est celui-ci. »

Des paroles. On vient chercher un des jeunes chiens.

« Il a l’air vieux et fatigué le pauvre, on peut pas le laisser là maman. »

Du bruit, une serrure, une porte qui grince. Une ombre devant moi. J’ouvre les yeux. C’est la femme. Il y a trois personnes avec elle. Pourquoi tout ce monde ?

« Allez, tu veux venir, Sakapuss ? »

Mon nom. Pourquoi mon nom ?

L’un d’eux s’approche. C’est moi qu’on vient chercher. Pourquoi on vient me chercher ? Je suis un vieux chien, les vieux chien ne sortent pas.

Si. La porte est ouverte. On vient me chercher. On me fait sortir. Je veux sortir. Quelqu’un veut de moi. Il y a enfin quelque chose à faire.


Écrit le 5 Sans-culottide 229.

Une entrevue avec Bessi

Je venais d’arriver à La Novèla Gascona, ce qui était devenu au fil des années le plus gros journal local. Bien que restant tout de même de taille modeste en comparaison avec ses rivaux urbains, il était difficile de se faire réellement remarquer lorsqu’on débutait, et j’étais particulièrement transparent à ce moment là. Mes seuls tâches consistait à apporter le café, faire des photocopie, et répondre aux petits vieux qui se plaignait de ne pas avoir reçu leur journal à quatre heures précises ce matin.

Cependant, j’avais un atout dans ma manche. Je connaissais le fils de la chanteuse actuelle du groupe Asylum, que tout le monde connaît sous le pseudonyme de Bessi. Si j’arrivais à le convaincre de persuader sa mère de m’accorder une interview, ça me vaudrait sans aucun doute une promotion et une place de choix dans le journal. J’avais justement rendez vous avec le fils en question, Théo Pujol, et après l’avoir cuisiner un peu je lui demandais ce service.

« Je vais voir ce que je peux faire » me soupira-t-il.

Et apparemment, il pouvait faire beaucoup lorsqu’il était question de sa mère, malgré la relation plus que tendu entre lui et son père Damien. Jamais elle n’avait accepté une entrevue, par peur pour sa vie privée d’après Théo, mais pour son fils elle avait accepté à la condition expresse qu’il n’y ai ni photo ni aucune information personnelle permettant de l’identifier en tant que Annick Pujol, ce que j’acceptais bien sûr sans discuter.

En arrivant devant la maison Pujol, de vieux souvenir me remontait de lorsque je passais voir Théo après l’école. Cette grande bâtisse rouge n’avait pas changé depuis toutes ses année, avec sa terrasse en bois qui l’entourait et sur laquelle nous passions des après-midi à jouer. Et ce grenier dans lequel nous faisions toujours de nouvelles découvertes, que ça soit dans des coffres ou en nous-même, comme une vielle lampe à huile ou sa bisexualité. Je frappais à la porte et Annick vint m’ouvrir, elle sembla me reconnaître quelque peu mais ne dit rien.

Nous nous installâmes dans le salon, à cette heure-ci de la journée personne à part elle n’était à la maison pour nous déranger. Je lançais l’enregistrement audio et commençait à réciter le petit discours que j’avais préparé à l’avance.

« Bessi, cela fait maintenant cinq ans que vous êtes la tête du groupe Asylum, connu comme l’un des plus gros groupe de Heavy Metal du pays, pourtant jusqu’à présent vous n’avez accepté aucune entrevue avec un journaliste, pourquoi cela ?
— Je tiens à ma vie privé, tiens, répondit-elle en riant. La plupart les journalistes qui s’intéressent aux musiciens et aux célébrité n’en ont rien à faire de nos vie privée. Enfin plutôt, ça les intéresse énormément, mais pas pour nous la laisser, pour la vendre aux gens. J’ose espérer que vous ne ferez pas de même.
— Aucun risque, je l’ai promis à votre fils et je vous le répète maintenant encore une fois. »

L’entrevue se déroula rapidement, j’avais beaucoup de matière malgré la restriction de cacher son identité. Une fois terminé, nous discutâmes un peu, elle se souvenait effectivement de moi, même si j’avais beaucoup changé depuis.

« Attends, que je me rappelle… Ton nom c’est Alis, c’est ça ? Alis Fontaine je crois.
— Effectivement, vous avez une bonne mémoire madame Pujol.
— Appelle moi Annick et arrête de me vouvoyer, répondit-elle en me souriant, on est plus en train de travailler. »

Je restais encore une heure ou deux avec elle, à parler de Théo, de sa relation avec son père, de sa famille, puis je pris congé avant que la famille en question ne revienne du travail ou de l’école. Je n’avais plus qu’à mettre en forme mon article, à le proposer à la rédaction et à voir leur tête lorsqu’il verrait qui j’avais réussit à interviewer.


Écrit le 4 Sans-culottides 229.

La boulangerie

« Tu es sûr que c’est une bonne idée ?
— Pourquoi ça en serait pas une ? On a plein de client tu sais, répondit Serge.
— Je sais, je sais, mais je veux dire, tu y passe déjà beaucoup de temps…
— Oui, je sais bien, mais il faut bien qu’on gagne de l’argent non ? Et puis, c’est bien connu que le métier de boulanger ça demande beaucoup de temps mon chéri. »
Gauthier ne répondit rien.
« Ne t’en fait pas, je ne t’abandonnerais pas, toi ou notre fille, dit Serge en souriant.
— Ça n’est pas ce qui m’inquiète…
— Alors qu’est-ce qu’il y a ? »
Après un silence qui sembla durer une éternité, Gauthier répondit enfin : « Rien… J’ai juste peur que tu te ruine la santé à travailler sans cesse comme ça.
— Je ne suis pas mon père, ma famille et ma santé passeront avant le reste. Mais c’est juste que c’est plus possible maintenant de garder la boulangerie dans la petite remise à coté de la maison, il y a beaucoup trop de client.
» Et puis, ça veut dire que j’aurais suffisamment de place pour engager des employés et réduire ma charge de travail, t’as pensé à ça ?
— Je ne suis pas sûr que ça « réduira ta charge de travail » mais si tu le dit.
— Tout ira bien, ne t’en fait pas. » murmura doucement Serge en enlaçant Gauthier.

La Boulangerie Tessier était située en plein centre du village, deux cents mètres de leur maison. Elle était énorme, en comparaison avec le placard à balais dont il se servait jusqu’à présent. C’était une vielle bâtisse qui avait eu besoin d’un simple rafraîchissement et mise au norme sanitaire avant de pouvoir ouvrir. Occasion pour Serge de montrer ses talents de pâtissier et de faire une pièce montée magnifique. Faite de chocolat, de fruit rouge avec des touche de caramel, elle fut l’attraction principale de l’ouverture de la boulangerie. Une part fut bien sûr offerte aux premiers arrivés, notamment aux mères de Gauthier, Catheline et Damaris Leroux, et à l’une de ses sœur, Sabrina Leroux.

« Kévin et Amandine ne sont pas venu ? demanda Gauthier à sa sœur.
— Non, ils ont prévenus Serge qu’ils avaient un examen important aujourd’hui et qu’ils seraient pas disponibles.
— Oh. Ça fait longtemps que je ne les ai pas vu, comment ça se passe à l’université ?
— Très bien, l’association est tellement populaire qu’on est quasiment tout le temps envahis de monde, répondit Sabrina en riant. C’est sympa mais c’est un peu épuisant par moment.
— J’imagine oui.
— Et toi, comment ça va en ce moment ? T’as pas l’air dans ton assiette.
— Ça va, ça va. J’angoisse juste un peu de tout ça. » Il désigna le bâtiment autour d’eux.
« À cause du prêt ?
— Non, à cause de Serge, il va encore se ruiner la santé, je le sens. »

Il y eut un silence pendant lequel Sabrina cherchait quoi dire pour rassurer son grand frère. Mais malheureusement elle savait qu’il avait raison, Serge passait déjà plus des trois quart de son temps dans la petite boulangerie qu’ils avaient avant, il n’y avait aucune raison que ça change maintenant malgré ce qu’il pouvait en dire.

« Tu lui en as parlé ?
— Bien sûr, il a dit qu’il déléguerait, j’espère.
— Fais lui confiance, va, grand frère. »

Bien sûr ce ne fut pas le cas. Sa charge de travail ne diminua pas, mais surprenamment elle n’augmenta pas malgré le nombre croissant de clients qui entrait dans la boutique tous les jours. Bientôt elle serait connue dans tous les villages alentours et aurait plus de succès que jamais. Ça n’apporta pas un grand réconfort à Gauthier cela dit. C’était son mari qu’il voulait, pas plus d’argent.


Écrit le 3 Sans-culottide 229.

Le quatuor du Manoir

Alaìs Pujol en était à sa deuxième année, à la fin de sa deuxième année pour être plus précis. Elle en était aussi à son 6 ou 7ème amant, c’était dur de se souvenir sans son carnet, son objectif étant de 20, mais pas nécessairement en même temps. La plupart vivaient avec elle dans la résidence étudiante, tout ce passait relativement bien dans cette espèce de mini-communauté caractéristique d’une résidence étudiante. Elle avait également d’excellente note et ses professeurs l’appréciait beaucoup pour son sérieux et son implication en classe.

Néanmoins, depuis quelques temps elle avait envie de changer d’environnement. Les résidences universitaires sont des mini-communautés qui peuvent être très sympathiques, mais en tant que communautés dans la Communauté, elles sont assez hermétiques et peu de nouveaux visages se présente une fois les chambres attribuées. Et voir de nouveaux visages, c’est pile ce dont avait besoin Alaìs. Elle demanda donc à rejoindre le Manoir, l’association phare du campus. Elle connaissait déjà quelques membres là-bas, notamment Amandine Leroux qu’elle avait côtoyé à l’école primaire. Après quelques rencontres, les différents membres du Manoir acceptèrent son intégration et elle commença son emménagement là-bas.

Quelques jours après son arrivée, quelque chose la frappa. Pas littéralement cela dit. Elle était au courant que Amandine Leroux et Mélanie Lenoir s’étaient fiancée dans l’année, l’information avait fait trois fois le tour du campus. Ce qu’elle ignorait en revanche c’est que, si les fiançailles ne concernaient que ses deux là, l’amour lui concernait également au moins deux autres personnes du Manoir : Estelle Manchoulas, une célébrité locale, et Catalina Bernard, une inconnue locale. De façons assez étrange pour Alaìs, toutes les quatre semblaient vivre le fait sans problème. Évidemment il y avait des disputes de temps à autre, comme dans toutes relations, mais pas plus que ce qu’elle avait l’habitude de voir dans les couples monogames qu’elle connaissait. Elle qui était libertine, comme elle se définissait, elle n’avait jamais pensé qu’une relation à long terme puisse fonctionner à plus de deux personnes. En réalité et pour être tout à fait honnête, elle ne pensait pas qu’une relation à long terme puisse fonctionner tout court, ses parents en étant un parfait exemple. Cela changea totalement sa façon d’envisager ses relations amoureuse. Ou plutôt ça aurait pu, mais en fait non, elle était bien plus à l’aise en restant libre comme elle l’avais toujours fait. Mais au moins elle comprenait un peu mieux les autres, et elle se disait que, peut-être, après tout, il y avait de la place pour des relations longues et saines dans ce monde.

Néanmoins, tout cela laissait sur le carreau un certain Hugues Delambre, qui était toujours dans l’ancienne résidence d’Alaìs. Lui n’avait jamais envisagé sa relation avec Alaìs comme elle. Pour lui, elle était sienne et réciproquement, et ce malgré les nombreux rappels de cette dernière lors de ses crises de jalousies puériles. Il avait finit par tolérer le fait qu’elle couche avec d’autres seulement parce qu’il était persuadé d’être plus à ses yeux, d’être spécial, qu’un jour elle se rangerait et que ça serait à ses cotés. Malheureusement, ses espoirs partirent en éclat le jour où il vit qu’elle était partie, sans lui proposer de venir ou lui dire au revoir.

Mais elle verrait, elle reviendrait, se disait-il.

Elle verrait.


Écrit le 2 Sans-culottide 229.