Une nouvelle vie

Avertissement de contenu : mort.


Depuis maintenant près de 5 ans, Alexis est en foyer, un foyer vétuste, peu accueillant, voire carrément dangereux parfois. Avec un personnel au bout du rouleau et épuisé de leur condition de travail. Un endroit rêvé pour vivre et grandir.

Lorsqu’il avait 4 ans, son père est mort d’une attaque cardiaque. Sa mère s’est donc retrouvée avec 6 enfants à nourrir toute seule. Elle travaillait d’arrache-pied jusqu’à tard dans la nuit, à faire des tenues et des robes pour des clients fortunés. Elle arrivait tout juste à leur apporter ce dont ils avaient besoin mais était constamment épuisée, son sommeil la rattrapant souvent à table, où elle s’écroulait dans son assiette. Jusqu’au jour où elle ne se réveilla pas. Alexis avait alors 6 ans, et il ne comprenait pas ce qu’il se passait. Le lendemain, les services sociaux l’emmenèrent lui et ses adelphes. La plupart d’entre eux partirent dans les familles de leur parrain ou de leur marraine, mais sa marraine à lui ne pouvait se permettre d’avoir un enfant de plus à charge. Il arriva donc dans un orphelinat et se retrouva au milieu de tout ces autres enfants et ses gens qu’il ne connaissait pas. Il n’avait même pas pu garder une photo de ses parents, le règlement du foyer n’autorisant pas les possessions personnelles, tout avait été jeté. Toutes les nuits il pleurait, toutes les nuits il se cachait de la lumière des rondes des surveillants, terrifié par leurs pas dans la nuit.

Au fil des jours et des ans, il oubliait peu à peu son ancienne vie, ses parents, ses adelphes, même son nom de famille. Il était simplement Alexis, et il avait toujours été ici. Jusqu’à ce qu’un jour, une employée des services sociaux revienne le chercher, un couple avait décidé d’adopter et c’était tombé sur lui. Il eu tout juste le temps de dire au revoir à un ou deux amis qu’il avait dans le foyer avant de monter dans la voiture qui l’emmènerait vers sa nouvelle vie. Il était nerveux durant tout le trajet, et la conductrice ne l’aidait pas vraiment. Lorsqu’il lui demandait où il allait elle lui répondait simplement dans sa nouvelle famille, sans plus d’explication.

La voiture roula durant ce qui lui semblait être des heures, très loin de la ville où il avait toujours vécu jusqu’à présent, passant de champs en champs, de petit village en petit village, jusqu’à arriver finalement devant un immense château. Devant, deux femmes l’attendait, une avec les cheveux noir, la peau claire et habillée tout en noir, l’autre avec les cheveux bruns, la peau bronzée et portant un chemisier rose. L’assistante sociale arrêta la voiture et descendit, elle parla un peu aux deux femmes sans qu’il ne puisse entendre ce qu’elles disaient. Elle revint ensuite vers la voiture et ouvrit la porte en lui intimant de sortir. Il était toujours aussi nerveux mais il s’exécuta. Il s’approcha lentement des deux femmes qui le prirent toutes deux dans leurs bras. Pour la première fois depuis 5 ans, il avait un véritable contact humain. Et pour la première fois depuis 5 ans, il se sentait en sécurité et déjà aimé.


Écrit le 25 Fructidor 229.

La nuit noire

Avertissement de contenu : violence.


Qu’est-ce qu’on obtient quand on mélange l’ADN d’un·e super-héro·ine à celui d’un journaliste ? En l’occurrence, un enfant normal, le coté « super » ne venant pas de l’ADN. Le coté journaliste non plus d’ailleurs. Ça n’empêchait pas Ambre et Charles d’aimer cet enfant de tout leur cœur. En revanche, ça empêchait Charles de continuer à garder le silence sur la dangerosité du travail d’Ambre, cela faisait des années qu’iel était quasiment la seule à défendre la ville. Maintenant que d’autres semblaient être prêt à prendre la relève, il aurait voulu qu’iel leur laisse la place et prenne sa retraite, avant de se faire estropier ou tuer.

« Tu sais très bien que je ne peux pas abandonner. Ce n’est pas parce que deux pélos veulent marcher sur mes traces qu’ils vont y arriver. Surtout avec la pègre qui grandit.
— Mais tu ne changera rien toi-même, elle est trop puissante. Pense à nous un peu, tu n’en as pas fait assez pour la ville ? »

Ambre ne répondit rien. Il avait raison, iel ne pourrait probablement jamais arrêter une organisation entière seul·e. Tant qu’il n’y aurait qu’une simple milice désorganisée ici et pas de véritable forces de l’ordre, l’organisation pullulerait et grandirait. Mais ça n’était pas une raison d’abandonner selon ellui, bien au contraire. Sans iel, il n’y aurait tout simplement plus rien pour arrêter son expansion, et elle régnerait en maître sur la ville.
Alors que Charles partait se coucher, Ambre prenait son service. Iel patrouillait de nuit, à la recherche d’indice sur les membres de la pègre locale, et notamment sur sa tête. Bien qu’iel ai toujours des soupçons sur la famille Manchoulas, iel ne pouvait rien prouver pour le moment, et ce malgré de nombreuses nuit de planque devant leur maison. Mais maintenant que les enfants étaient partis, elle pensait tenter une approche plus frontale au problème, et faire irruption directement sur place pour interroger Lissandre, læ suspect·e principal·e d’Ambre.

Alors qu’iel arrivait sur place, iel vit Lissandre quitter la maison et prendre sa voiture. Iel læ prit alors en filature aussi discrètement que possible et læ suivi à travers toute la ville. Iel avait du être repéré, la voiture en était à son troisième tour de la ville. Ambre perdit patience et se mit en travers de son chemin, læ forçant à piler net.

« Non mais ça va pas ? Tu veux te faire écraser ou t’es juste con ?! » hurla Lissandre en descendant de sa voiture. Son teint verdâtre était reconnaissable même de nuit, sa chemise à carreau reflétait étrangement les lumières de la ville. « Qu’est-ce que tu fous au milieu de la route en pleine nuit bordel ?
— J’ai des questions à vous poser.
— Et ça pouvait pas attendre demain matin, non ? Je viens de finir ma journée, j’aimerais rentrer chez moi.
— Vraiment ? répondit Ambre en levant un sourcil.
— Ouais, alors maintenant pousse toi de là avant que je t’écrase !
— Essaye donc pour voir.
— Non mais c’est pas vrai d’être frappé à ce point… Dégage de là ! »

Ambre resta stoïque. Lissandre sentait le sang lui monter à la tête, iel remonta dans sa voiture et tenta de contourner l’intrus, mais iel se mis à nouveau devant la voiture. Cette fois-ci, Lissandre perdit patience et sortit à nouveau de la voiture, prêt·e à en découdre avec les poing si nécessaire. Mais iel n’eut pas le temps de lever la main qu’Ambre l’avait déjà plaquæ au sol, l’empêchant totalement de bouger.

« Écoute moi bien, peau verte, je sais pas ce que tu manigance mais j’ai l’œil sur toi depuis un moment, et il m’est d’avis que t’es pas blanche comme neige dans le bordel qu’il se passe en ville en ce moment.
— Putain mais de quoi de tu parles, tenta d’articuler Lissandre, le visage plaqué contre le bitume.
— Tu sais très bien de quoi je parle ! Alors tu va me dire gentiment qui d’autre est impliqué dans ta petite organisation si tu veux pas perdre un bras ou deux. » En disant ça, iel tordait un peu plus le bras de sa victime.

Ambre aperçut du coin de l’œil une forme indistincte blanchâtre. Sans avoir le temps de réagir, iel reçu un coup puissant en plein visage et tomba à la renverse. Une main puissante se resserra sur son cou, l’empêchant de respirer. Iel entendit une voix grave la menacer :

« Ça serait vraiment dommage de mourir comme ça. Qu’est-ce qu’il pourrait bien arriver à ta famille ensuite ? »

Iel eut tout juste le temps d’apercevoir un visage plus blanc que la neige avant de sombrer dans l’inconscience. En se réveillant, iel vit que plus personne n’était là, iel était sur le trottoir et la nuit était sur le point se s’achever. Iel rentra le plus rapidement possible chez ellui et s’aperçut avec soulagement que rien ne s’était produit. En tout cas cette nuit. Peut-être que Charles avait raison finalement, peut-être que sa famille comptait plus que la masse informe des habitants de la ville. Peut-être qu’iel en avait déjà assez fait pour la ville.


Écrit le 26 Fructidor 229.

Nouveau membre pour le manoir

« Oh ! Tu sais qui serait bien ? Estelle, lança Kévin.
— Estelle… Attends, Manchoulas ? demanda Amandine.
— Celle-là même oui.
— Oh non, je passe. Y a des trucs pas net dans cette famille.
— Tu pourrais être plus ouverte non ? Moi je l’aime bien, on était de grands amis à l’école primaire.
— Non mais toi, t’es pas ouvert, t’es juste un peu con » répliqua Amandine avec un sourire.

Kévin souffla et continua à lancer sa balle contre le mur, tête en bas sur le canapé. Amandine était sur le fauteuil à coté, toujours un peu désespérée par le ridicule des postures de son frère. Il tenta de se redresser soudainement en voyant passer Sabrina dans le couloir, mais il échoua et se retrouva par terre dans une position encore plus improbable.

« Aie ! Eh attends Sabrina ! On a besoin de toi ! » cria-t-il.

Elle se tourna et marqua quelques secondes de pause en le voyant, à moitié sur le canapé, à moitié sur le sol. Elle et Amandine hurlèrent finalement de rire tandis qu’il se relevait avec maladresse. Une fois leur fou rire passé, elle lui demanda pourquoi ils avaient besoin d’elle.

« Pour voter !
— Non non non, on vote pas c’est un non pour moi, l’interrompit Amandine.
— Chut, je veux son avis. »

Amandine soupira.

« Mon avis sur quoi exactement ?
— Qu’est-ce que tu pense de Estelle Manchoulas ? Tu sais, mon amie d’enfance, à l’école primaire. Je pensais l’inviter dans l’asso.
— Heu… Je sais pas, rien. Elle avait l’air sympa à l’époque mais je la connais pas moi.
— Tu m’aide pas là, bouda Kévin. Faut demander à Mélanie du coup !
— Non mais t’es chiant Kévin, dit Amandine, tu va pas demander à tout le monde quand même ?
— Mais non. Juste à vous trois.
— On la connaît pas, on va pas lui dire de venir ici.
— Si vous la rencontriez, vous verriez qu’elle est sympa. En plus vous la connaissez, elle est venue à la fête quand on a créé l’asso. Et puis faites moi confiance un peu. »

Amandine paraissait toujours sceptique. Mais c’était vrai que le peu qu’elle avait pu voir d’elle était plutôt en la faveur de Kévin.

Plus tard dans la journée, lorsqu’ils demandèrent son avis à Mélanie, celle-ci se rangea tout de suite du coté de Kévin :

« Oui, je la connais elle est super sympa.
— Ah, tu vois bien, fanfaronna Kévin. Faut pas écouter les rumeurs.
— Ouais, c’était sa grand-mère surtout qui était vraiment pas net, méchante même. Mais elle, elle est cool ne t’en fais pas chérie.
— Bon. J’imagine qu’on peut lui laisser une chance » finit par concéder Amandine tandis que Mélanie l’enlaçait.

Et effectivement, en la rencontrant quelques jours plus tard, elle n’eut d’autre choix que de reconnaître que son insupportable petit frère avait raison : elle était adorable. Elle fut donc invitée dans l’association du Manoir, ce qu’elle accepta sans hésiter avant de venir s’y installer. Étant déjà très populaire au sein du campus, l’association avait maintenant plus de demande d’intégration et organisait plus de fêtes que jamais, au grand bonheur de Kévin et d’Amandine, même si celle-ci ne l’admettrait jamais.


Écrit le 27 Fructidor 229.

Quarante ans dans la nuit noire

Avertissement de contenu : violence.


Ça faisait quarante ans qui Daniel était ici. Quarante ans dans cette petite maison à l’écart, dans cette petite ville perdue au fin fond de la campagne. Quarante ans qu’il ne sortait que la nuit pour amuser la foule comme magicien ou pour écrire un nouveau roman à succès. Quarante ans qu’il en avait trente et que le soleil le tenait en terreur. Il y a quarante ans, il était sûr que les planches du spectacle serait sa voie vers le bonheur. Mais quarante ans, c’est long, et entre temps il s’était égaré et avait perdu toute la passion dont son métier l’emplissait jusqu’alors. Il ne voyait plus vraiment de raison de partir travailler toutes les nuits. Sans passion, à quoi bon ? Bien sûr sa position et sa renommée lui permettait d’engranger pas mal d’argent, mais cette dernière allait commencer à devenir un problème. Les gens normaux, et même les plus grandes stars, ne sont pas sensé vivre quarante ans sans prendre la moindre ride. Bientôt il devrait de toutes façons quitter le devant de la scène, mais pour faire quoi ?

Un soir, alors qu’il rentrait chez lui après le travail, il vit une scène peu commune dans une si petite ville. Deux inconnu·es se tenait dans la rue, un·e près de sa voiture, l’autre juste devant, l’empêchant de partir. Et les deux se hurlaient dessus dans la nuit. Curieusement, ça se semblait pas encore avoir attiré l’œil du voisinage, les aides de l’état pour l’isolation avaient été bien utilisées apparemment. Il commença a passer son chemin, ça n’était vraiment pas ses affaires. Mais lorsque l’une des deux personnes pris le dessus sur l’autre, il remarqua quelque chose. La personne qui était maintenu à terre ne lui semblait pas humaine, son teint de peau était verdâtre. Une sorcière ! Cela lui fit remonter de nombreux souvenir de chasse aux non-humains, sorciers comme vampires avaient longtemps victimes de ces foules hystériques, mis à mort en toute injustice et en toute impunité. Il ne pouvait supporter de revoir ce genre de chose se reproduire désormais.
D’un seul bond, il se jeta sur l’humain, qu’il plaqua au sol sans difficulté et étouffa avec toute la rage dont il était capable. Rapidement, sa victime perdit connaissance. Il continua. Une main se mit alors sur son épaule :

« Arrête, il faut se tirer rapidement ! » lui dit la voix qu’il venait de sauver.

Il repris ses esprits et vit que des lumière avait commencé à s’allumer dans la rue. Bientôt les autres humains sortiraient. Après des années de trêve, si l’un d’entre eux voyait un sorcier et un vampire en train d’étrangler un humain dans la rue, les chasses pourraient rapidement recommencer avec plus d’intensité que jamais. Il traîna la personne inconsciente sur le trottoir puis fut lui-même entraîné dans la voiture du sorcier, qui démarra au quart de tour, fuyant les regards qui commençait à poindre aux fenêtres et aux portes de la rue. Si son cœur battait toujours, il serait probablement au bord de la crise cardiaque à cet instant.

« Merci, j’allais y passer sans toi, dit l’inconnu·e au volant.
— Heu, de rien. C’est normal, entre monstres il faut savoir s’aider. »
L’autre rigola. « Crois-moi, je connais beaucoup de « monstre » qui n’aurait pas levé le petit doigt à ta place. Je m’appelle Lissandre. Et toi ?
— Enchanté, Daniel. »
Iel le regarda. « C’est toi qui vit à l’Abandon, c’est ça ?
— Oui, mais comment… commença Daniel, décontenancé.
— Je connais tout le monde ou presque ici. Je te ramène chez toi ?
— Oui… oui, merci. »

Daniel l’observa en silence durant une grande partie du trajet, sans parvenir à déterminer s’il connaissait cette personne, ni s’il s’agissait d’un homme ou d’une femme d’ailleurs. Il n’osa pas poser de question mais il eut quand même une réponse :

« Ni l’un ni l’autre.
— Pardon ?
— Je sais à quoi tu pense et la réponse est : ni l’un ni l’autre. Je ne suis ni un homme, ni une femme.
— Je n’ai rien…
— J’ai l’habitude, t’en fais pas va. »

Le reste du voyage se passa silencieusement. Une fois arrivés devant chez lui, il læ remercia et descendit.

« Une dernière chose, Daniel.
— Oui ?
— Il est possible que j’ai besoin d’autres coups de main comme celui-ci, je repasserais si c’est le cas. Ça ne te dérange pas ?
— D’autres coup de main ? répondit-il un peu hésitant.
— Oui, mais on en reparlera le moment venu si tu veux bien.
— D’accord… »

Il referma la portière et la voiture disparu rapidement dans la nuit.


Le 29 Fructidor 229.

La tête dans la lune, partie I

« Il se trame quelque chose de pas net avec Sabrina » pensait Amandine. Certes elle a toujours aimé la nuit et les étoiles, elle avait en fait une véritable passion pour l’astronomie et passait des heures à observer le ciel avec ou sans télescope une fois la nuit tombée, mais elle semblait… changée ces derniers temps. Elle passait plus de temps qu’à l’accoutumée à l’extérieur la nuit, elle ne semblait presque plus dormir avant le matin en fait, Amandine entendait des bruits provenant de la chambre de Sabrina toute la nuit. Il fallait batailler le matin pour la tirer de son lit et l’envoyer en cours. Elle qui était d’habitude si studieuse, c’était complètement incompréhensible.

Elle n’osait pas en parler à sa sœur ou à son frère, de peur de démarrer une dispute sans fin sur le fait qu’elle passe son temps à se mêler de ce qui ne la regarde pas. C’était peut-être vrai, mais il n’empêche qu’elle avait de bonne raison de s’en faire. Et elle ne connaissait pas suffisament Estelle pour lui parler de ses peurs. Finalement, elle finit par en parler Mélanie, sa petite-amie, alors qu’elles étaient en pleine partie d’échec, lui jetant tout ce qu’elle avait sur le cœur en quelques minutes sans lui laisser le temps de répondre. Mélanie avait l’habitude maintenant, elle attendit patiemment que sa chérie ai finit de déblatérer avant de lui répondre qu’elle aussi se faisait du soucis pour Sabrina depuis quelques temps. Une réponse à laquelle Amandine ne s’attendait pas du tout, Mélanie lui semblait si détachée vis-à-vis de ce qu’il se passait qu’elle était persuadée que celle-ci n’avait rien remarqué.

« Mais… mais pourquoi tu m’a rien dit ?
— Je ne voulais pas ajouter à ton anxiété générale, Chérie. Tu es déjà assez sur les nerfs sans en rajouter une couche.
— Je suis absolument pas sur les nerfs, je suis très calme » s’indigna Amandine.

Elle n’eut comme réponse qu’un petit gloussement amusé.

« Bon alors on fait quoi ? reprit Amandine.
— Qu’est-ce que tu veux faire ? On va pas lui faire une « intervention » comme dans les films, répondit-elle en appuyant les guillemets avec les doigts. Il faudrait déjà savoir ce qu’il se passe avant de savoir quoi faire.
— Mais comment tu veux savoir ça ?
— Très bonne question. À part en l’espionnant je ne vois pas comment, elle ne dirait probablement rien si on lui demandait. Pire, elle se fermerait sûrement à nous.
— Parce que tu crois que l’espionner la mettra en confiance ?
— Bien sûr que non, c’est bien pour ça que je te dis que je ne sais pas quoi faire. »

C’est alors qu’une voix se fit entendre du fond de la pièce :
« Moi je sais ce qu’elle a. »

Les deux filles se tournèrent vers l’intrus, jusque là inaperçu. C’était Kévin, allongé sur le canapé dans une posture dont il avait le secret.

« Depuis tu nous écoute, petit con ? lança Amandine.
— Depuis que vous m’avez réveillé, vous braillez depuis 10 minutes, répliqua l’incriminé en se levant.
— Tu va où ?
— Dans ton…
— Kévin, coupa-t-elle, soit sérieux s’il te plaît. On se fait vraiment du soucis pour Sabrina, alors si tu sais quelque chose dis nous le.
— Nope. J’ai promis de rien dire, si tu veux savoir va lui demander. »

Amandine commençait à bouillir intérieurement. Elle aimait beaucoup son frère, mais il était vraiment exaspérant en toutes circonstances. Mélanie prit la parole avant que sa compagne n’ai le temps de répliquer :
« Tu pense vraiment qu’elle nous le dira si on lui demande ?
— Y a pas de raison pour qu’elle vous le cache je pense. C’est pas si dramatique que ça, hein. » répondit-il en haussant les épaules avant de sortir de la pièce.

Mélanie et Amandine se regardèrent un moment avant de décider d’aller en parler à Sabrina, le moment venu.


Écrit le 29 Fructidor 229.

Rentière !

« Très bien Alexis, reprends avec la gamme précédente maintenant. »

La voix de Rachelle résonnait dans la grande salle de bal où se trouvait le piano à queue. Elle souhaitait transmettre à son fils, plus que sa fortune, sa passion pour la musique, ou à défaut des compétences en piano et en danse.

Il s’en sortait bien pour son âge, même pour un adulte il s’en sortirait bien en réalité. Mais elle sentait qu’il n’avait pas cette passion qui l’habitait au fond de lui, que ça soit pour le piano, un autre instrument, la danse ou la musique en général. La seule passion qui l’animait vis-à-vis du piano c’était de l’ouvrir pour trifouiller les mécaniques. Plus d’une fois Rachelle ou sa femme, Mélissa, l’avait sauvé in extremis du couvercle qui allait se refermer sur lui alors qu’il était penché à l’intérieur de l’instrument. Bien sûr elles lui avait interdit de recommencer à chaque fois, et bien sûr il n’avait jamais écouté, il se montrait plus prudent maintenant cela dit. Il était tout simplement fasciné par le fonctionnement interne des instruments et des machines en général, heureusement pour la santé mentale de ses mères, il n’avait pas accès à des outils lui permettant d’ouvrir les appareils électriques de la maison. Pour canaliser sa passion, le couple lui avait acheté un nombre impressionnant de jeu de construction de tout type, des Meccano, des Lego… Il avait même eu droit à un abonnement au CAM depuis quelques mois.

Alors qu’Alexis se trouvait en plein milieu de sa partition, Mélissa fit irruption dans la pièce, se rua vers eux et plaqua une feuille sur le couvercle du piano d’une main ferme en criant :
« Boom ! »

Les deux autres la regardait d’un air ahuris. Au bout de plusieurs secondes de silence interloqué, Rachelle demanda doucement :
« Boom ? 
— Oui, boom ! répondit Mélissa en remettant sa mèche brune en place.
— Mais quoi « boom » ?
— Boom j’ai eu l’accord de la communauté de commune pour louer des maisons !
— Attends, quel accord ? T’as demandé ça quand ?
— Mais si, tu te souviens, je t’en avais parlé il y a quelques mois et m’avais dit que t’étais ok. »

Rachelle réfléchit plusieurs secondes avant de répondre en croisant les bras sur son tailleur bleu : « Hum, je pense que je t’avais plutôt dit de faire ce que tu voulais parce que tu me lâchait pas avec ça.
— Oh ça va, c’est la même chose, t’as dit oui en gros, répondit Mélissa avec un revers de la main.
— Certes… Et donc ?
— Et donc voilà ! En plus ça tombe bien, y a justement de nouvelles têtes qui arrivent dans pas longtemps et qui cherchent de quoi louer.
— Ah parce que t’as des maisons maintenant toi ?
— Pas encore. Enfin pas tout à fait. C’est en cours. Il faut que tu me signe ça avant. » Elle désigna la feuille posée sur le couvercle du piano.

Rachelle prit la feuille et la parcouru rapidement. Pendant ce temps là, Alexis s’éclipsa discrètement pour retourner à ses Meccano dans sa salle de jeux.

« C’est beaucoup d’argent quand même, fit remarqué Rachelle en faisant la moue.
— Oh ça va, on se fait ça en à peine quatre mois, on peut bien l’investir non ? Et puis, pense à ce que va nous rapporter derrière. » L’excitation se lisait sur le visage de Mélissa.
« Bon, bon. De toutes façons j’ai déjà dis oui.
— Exact ! confirma-t-elle fièrement, les mains sur les hanches.
— Voilà, contente ? » Rachelle tendit la feuille signée à sa femme.
« Très ! Je t’aime ma chérie. » gloussa Mélissa en l’embrassant sur la joue avant de repartir aussi vite qu’elle était venue.

Rachelle soupira. « Bon, on reprends… Alexis ? »


Écrit le 12 Fructidor 229.
Repris le 1 Sans-culottide 229.

La tête dans la lune, partie II

Il y a quelques nuits, alors que j’étais sortie regarder les étoiles sur le gazon, j’ai vu un espèce de gros chien au fond de notre jardin, en train de creuser. Je me suis approchée en faisant de grand geste pour le faire partir mais sans succès. Il s’arrêta simplement de creuser et se mit à me regarder fixement. Dans la nuit, j’avais l’impression que ses yeux luisaient d’un jaune pâle, je me persuadais que c’était le reflet de la lune et repris de faire de grand geste pour le faire partir. Toujours pas de succès. Pire, même, il se mis à s’approcher de moi lentement, sortant doucement ses dents de sous ses babines. Je me mis à reculer doucement, jetant un œil sur la maison, je vis qu’elle était trop loin pour que je puisse courir me réfugier à l’intérieur. Tout à coup le loup se jeta sur moi sans que j’ai le temps de réagir, me mordant la jambe gauche et déchirant ma chair, avant de repartir précipitamment lorsque je réussis à enfoncer mon pied gauche dans son torse, brisant quelque côtes au passage.

Je boitais pour rentrer dans la sécurité de la maison mais je m’effondrais avant d’atteindre la porte et perdais connaissance. Au petit matin, je me retrouvais de l’autre coté du campus, épuisée mais sans douleur. En regardant à travers les trou de mon pantalon, je ne vis aucune blessure, juste du sang séché sur un jean bon à jeter. Je n’avais plus de douleur non plus, et je pu rentrer à la maison sans difficulté. Personne n’était encore levé et j’en profitais pour rapidement filer dans ma chambre me changer et chercher à comprendre ce qu’il se passait. Mais la réponse m’échappa toute la journée.
Le soir, une heure après le coucher du soleil, je ressenti une douleur dans la poitrine, j’avais l’impression que j’allais me déchirer de l’intérieur. Lors qu’elle cessa, je me rendit compte que j’étais couverte de poil. En me ruant sur le miroir le plus proche, je vis que mon visage en était couvert également, que mes yeux avait changés de couleur et de forme, que j’avais des crocs à la place des dents. Je refusais de croire ce que je voyais. Mais finalement la chose se répéta soir après soir, avec cette transformation venait une faim dévorante, presque insatiable. Je finis par me rendre à l’évidence.

« Je suis un loup-garou. »

Mélanie et Amandine regardait Sabrina, abasourdies par son récit.

« Pourquoi tu nous rien dit ? articula finalement Amandine.
— Pour ne pas t’inquiéter, je te connais tu sais.
— Mais enfin, pourquoi tout le monde me dis ça en ce moment ? »
Sabrina rit. « Parce que c’est vrai, et tu le sais. D’autant qu’il n’y pas de raison de s’en faire, je me maîtrise et je n’ai pas séquelles.
— Oui mais il faut que tu nous dise quand un truc pareil se produit, d’accord ? Ta sœur va finir par mourir d’angoisse si elle pense que tu lui cache des trucs pareil tu sais, dit Mélanie.
— Haha, très bien, c’est promis. »


Écrit le 30 Fructidor 229.

Le quatuor du Manoir

Alaìs Pujol en était à sa deuxième année, à la fin de sa deuxième année pour être plus précis. Elle en était aussi à son 6 ou 7ème amant, c’était dur de se souvenir sans son carnet, son objectif étant de 20, mais pas nécessairement en même temps. La plupart vivaient avec elle dans la résidence étudiante, tout ce passait relativement bien dans cette espèce de mini-communauté caractéristique d’une résidence étudiante. Elle avait également d’excellente note et ses professeurs l’appréciait beaucoup pour son sérieux et son implication en classe.

Néanmoins, depuis quelques temps elle avait envie de changer d’environnement. Les résidences universitaires sont des mini-communautés qui peuvent être très sympathiques, mais en tant que communautés dans la Communauté, elles sont assez hermétiques et peu de nouveaux visages se présente une fois les chambres attribuées. Et voir de nouveaux visages, c’est pile ce dont avait besoin Alaìs. Elle demanda donc à rejoindre le Manoir, l’association phare du campus. Elle connaissait déjà quelques membres là-bas, notamment Amandine Leroux qu’elle avait côtoyé à l’école primaire. Après quelques rencontres, les différents membres du Manoir acceptèrent son intégration et elle commença son emménagement là-bas.

Quelques jours après son arrivée, quelque chose la frappa. Pas littéralement cela dit. Elle était au courant que Amandine Leroux et Mélanie Lenoir s’étaient fiancée dans l’année, l’information avait fait trois fois le tour du campus. Ce qu’elle ignorait en revanche c’est que, si les fiançailles ne concernaient que ses deux là, l’amour lui concernait également au moins deux autres personnes du Manoir : Estelle Manchoulas, une célébrité locale, et Catalina Bernard, une inconnue locale. De façons assez étrange pour Alaìs, toutes les quatre semblaient vivre le fait sans problème. Évidemment il y avait des disputes de temps à autre, comme dans toutes relations, mais pas plus que ce qu’elle avait l’habitude de voir dans les couples monogames qu’elle connaissait. Elle qui était libertine, comme elle se définissait, elle n’avait jamais pensé qu’une relation à long terme puisse fonctionner à plus de deux personnes. En réalité et pour être tout à fait honnête, elle ne pensait pas qu’une relation à long terme puisse fonctionner tout court, ses parents en étant un parfait exemple. Cela changea totalement sa façon d’envisager ses relations amoureuse. Ou plutôt ça aurait pu, mais en fait non, elle était bien plus à l’aise en restant libre comme elle l’avais toujours fait. Mais au moins elle comprenait un peu mieux les autres, et elle se disait que, peut-être, après tout, il y avait de la place pour des relations longues et saines dans ce monde.

Néanmoins, tout cela laissait sur le carreau un certain Hugues Delambre, qui était toujours dans l’ancienne résidence d’Alaìs. Lui n’avait jamais envisagé sa relation avec Alaìs comme elle. Pour lui, elle était sienne et réciproquement, et ce malgré les nombreux rappels de cette dernière lors de ses crises de jalousies puériles. Il avait finit par tolérer le fait qu’elle couche avec d’autres seulement parce qu’il était persuadé d’être plus à ses yeux, d’être spécial, qu’un jour elle se rangerait et que ça serait à ses cotés. Malheureusement, ses espoirs partirent en éclat le jour où il vit qu’elle était partie, sans lui proposer de venir ou lui dire au revoir.

Mais elle verrait, elle reviendrait, se disait-il.

Elle verrait.


Écrit le 2 Sans-culottide 229.

La boulangerie

« Tu es sûr que c’est une bonne idée ?
— Pourquoi ça en serait pas une ? On a plein de client tu sais, répondit Serge.
— Je sais, je sais, mais je veux dire, tu y passe déjà beaucoup de temps…
— Oui, je sais bien, mais il faut bien qu’on gagne de l’argent non ? Et puis, c’est bien connu que le métier de boulanger ça demande beaucoup de temps mon chéri. »
Gauthier ne répondit rien.
« Ne t’en fait pas, je ne t’abandonnerais pas, toi ou notre fille, dit Serge en souriant.
— Ça n’est pas ce qui m’inquiète…
— Alors qu’est-ce qu’il y a ? »
Après un silence qui sembla durer une éternité, Gauthier répondit enfin : « Rien… J’ai juste peur que tu te ruine la santé à travailler sans cesse comme ça.
— Je ne suis pas mon père, ma famille et ma santé passeront avant le reste. Mais c’est juste que c’est plus possible maintenant de garder la boulangerie dans la petite remise à coté de la maison, il y a beaucoup trop de client.
» Et puis, ça veut dire que j’aurais suffisamment de place pour engager des employés et réduire ma charge de travail, t’as pensé à ça ?
— Je ne suis pas sûr que ça « réduira ta charge de travail » mais si tu le dit.
— Tout ira bien, ne t’en fait pas. » murmura doucement Serge en enlaçant Gauthier.

La Boulangerie Tessier était située en plein centre du village, deux cents mètres de leur maison. Elle était énorme, en comparaison avec le placard à balais dont il se servait jusqu’à présent. C’était une vielle bâtisse qui avait eu besoin d’un simple rafraîchissement et mise au norme sanitaire avant de pouvoir ouvrir. Occasion pour Serge de montrer ses talents de pâtissier et de faire une pièce montée magnifique. Faite de chocolat, de fruit rouge avec des touche de caramel, elle fut l’attraction principale de l’ouverture de la boulangerie. Une part fut bien sûr offerte aux premiers arrivés, notamment aux mères de Gauthier, Catheline et Damaris Leroux, et à l’une de ses sœur, Sabrina Leroux.

« Kévin et Amandine ne sont pas venu ? demanda Gauthier à sa sœur.
— Non, ils ont prévenus Serge qu’ils avaient un examen important aujourd’hui et qu’ils seraient pas disponibles.
— Oh. Ça fait longtemps que je ne les ai pas vu, comment ça se passe à l’université ?
— Très bien, l’association est tellement populaire qu’on est quasiment tout le temps envahis de monde, répondit Sabrina en riant. C’est sympa mais c’est un peu épuisant par moment.
— J’imagine oui.
— Et toi, comment ça va en ce moment ? T’as pas l’air dans ton assiette.
— Ça va, ça va. J’angoisse juste un peu de tout ça. » Il désigna le bâtiment autour d’eux.
« À cause du prêt ?
— Non, à cause de Serge, il va encore se ruiner la santé, je le sens. »

Il y eut un silence pendant lequel Sabrina cherchait quoi dire pour rassurer son grand frère. Mais malheureusement elle savait qu’il avait raison, Serge passait déjà plus des trois quart de son temps dans la petite boulangerie qu’ils avaient avant, il n’y avait aucune raison que ça change maintenant malgré ce qu’il pouvait en dire.

« Tu lui en as parlé ?
— Bien sûr, il a dit qu’il déléguerait, j’espère.
— Fais lui confiance, va, grand frère. »

Bien sûr ce ne fut pas le cas. Sa charge de travail ne diminua pas, mais surprenamment elle n’augmenta pas malgré le nombre croissant de clients qui entrait dans la boutique tous les jours. Bientôt elle serait connue dans tous les villages alentours et aurait plus de succès que jamais. Ça n’apporta pas un grand réconfort à Gauthier cela dit. C’était son mari qu’il voulait, pas plus d’argent.


Écrit le 3 Sans-culottide 229.

Une entrevue avec Bessi

Je venais d’arriver à La Novèla Gascona, ce qui était devenu au fil des années le plus gros journal local. Bien que restant tout de même de taille modeste en comparaison avec ses rivaux urbains, il était difficile de se faire réellement remarquer lorsqu’on débutait, et j’étais particulièrement transparent à ce moment là. Mes seuls tâches consistait à apporter le café, faire des photocopie, et répondre aux petits vieux qui se plaignait de ne pas avoir reçu leur journal à quatre heures précises ce matin.

Cependant, j’avais un atout dans ma manche. Je connaissais le fils de la chanteuse actuelle du groupe Asylum, que tout le monde connaît sous le pseudonyme de Bessi. Si j’arrivais à le convaincre de persuader sa mère de m’accorder une interview, ça me vaudrait sans aucun doute une promotion et une place de choix dans le journal. J’avais justement rendez vous avec le fils en question, Théo Pujol, et après l’avoir cuisiner un peu je lui demandais ce service.

« Je vais voir ce que je peux faire » me soupira-t-il.

Et apparemment, il pouvait faire beaucoup lorsqu’il était question de sa mère, malgré la relation plus que tendu entre lui et son père Damien. Jamais elle n’avait accepté une entrevue, par peur pour sa vie privée d’après Théo, mais pour son fils elle avait accepté à la condition expresse qu’il n’y ai ni photo ni aucune information personnelle permettant de l’identifier en tant que Annick Pujol, ce que j’acceptais bien sûr sans discuter.

En arrivant devant la maison Pujol, de vieux souvenir me remontait de lorsque je passais voir Théo après l’école. Cette grande bâtisse rouge n’avait pas changé depuis toutes ses année, avec sa terrasse en bois qui l’entourait et sur laquelle nous passions des après-midi à jouer. Et ce grenier dans lequel nous faisions toujours de nouvelles découvertes, que ça soit dans des coffres ou en nous-même, comme une vielle lampe à huile ou sa bisexualité. Je frappais à la porte et Annick vint m’ouvrir, elle sembla me reconnaître quelque peu mais ne dit rien.

Nous nous installâmes dans le salon, à cette heure-ci de la journée personne à part elle n’était à la maison pour nous déranger. Je lançais l’enregistrement audio et commençait à réciter le petit discours que j’avais préparé à l’avance.

« Bessi, cela fait maintenant cinq ans que vous êtes la tête du groupe Asylum, connu comme l’un des plus gros groupe de Heavy Metal du pays, pourtant jusqu’à présent vous n’avez accepté aucune entrevue avec un journaliste, pourquoi cela ?
— Je tiens à ma vie privé, tiens, répondit-elle en riant. La plupart les journalistes qui s’intéressent aux musiciens et aux célébrité n’en ont rien à faire de nos vie privée. Enfin plutôt, ça les intéresse énormément, mais pas pour nous la laisser, pour la vendre aux gens. J’ose espérer que vous ne ferez pas de même.
— Aucun risque, je l’ai promis à votre fils et je vous le répète maintenant encore une fois. »

L’entrevue se déroula rapidement, j’avais beaucoup de matière malgré la restriction de cacher son identité. Une fois terminé, nous discutâmes un peu, elle se souvenait effectivement de moi, même si j’avais beaucoup changé depuis.

« Attends, que je me rappelle… Ton nom c’est Alis, c’est ça ? Alis Fontaine je crois.
— Effectivement, vous avez une bonne mémoire madame Pujol.
— Appelle moi Annick et arrête de me vouvoyer, répondit-elle en me souriant, on est plus en train de travailler. »

Je restais encore une heure ou deux avec elle, à parler de Théo, de sa relation avec son père, de sa famille, puis je pris congé avant que la famille en question ne revienne du travail ou de l’école. Je n’avais plus qu’à mettre en forme mon article, à le proposer à la rédaction et à voir leur tête lorsqu’il verrait qui j’avais réussit à interviewer.


Écrit le 4 Sans-culottides 229.