« Bon, viens par ici Tristan, il est temps que je te montre quelque chose, déclara Suzanne. — Quoi donc, grand-mère? »

Ils se trouvaient dans la chambre de Suzanne, un lieu totalement hors-limite pour qui que ce soit autre qu’elle. Ou ses amants. En entrant, Tristan remarqua l’énorme chaudron dans le fond de la pièce, fumant et luisant d’une façon peu naturelle. Il y avait également, outre le lit et l’armoire, un vieux grimoire posé sur un piédestal. Il savait bien ce qu’était tout ça, toute la famille le savait. Une partie des voisins s’en doutaient également mais personne n’osait rien dire.

« Est-ce que c’est… ?
— C’est un chaudron, oui, tu es perspicace fiston, lança Suzanne. Approche je te dis, je vais t’apprendre quelque chose qu’on se transmet de générations en générations, et dont Lissandre ne s’est jamais montré·e digne jusqu’à présent. Toi en revanche… »

Il approcha lentement, fasciné par la lueur émanant du chaudron et déformant le visage verdâtre de sa grand-mère. Une fois arrivée à son niveau, une odeur de souffre lui sauta aux narines, l’étouffant presque.

« Ne t’en fais pas, tu t’y habituera. Ça dégage les bronche, tu verra, ricana-t-elle. Allez, je vais t’apprendre nos secrets de famille, et écoute moi bien ou je jure que je te transforme en lama. »

 

Des heures durant, elle lui montra les différentes potions transmissent de générations en générations depuis des temps immémoriaux, elle lui expliqua les bases de la magie occulte qui coulait dans ses veines. Au bout de plusieurs mois de ses cours particuliers, elle le jugea suffisamment prêt pour lui transmettre le don familial.

« Ça va te piquer méchamment » prévint-elle en préparant son sort.

En le recevant, Tristan compris qu’elle ne mentait pas. Il eu l’impression de sentir sa peau fondre, ses os se briser, sa tête était en ébullition. Il tenta d’hurler de toutes ses forces mais aucun son ne sorti de sa bouche. Finalement, il tomba à terre, épuisé mais plein d’énergie, brisé mais plus fort que jamais. Suzanne l’aida a se relever et l’emmena vers son miroir. Sa peau avait pris la même teinte verte que sa grand-mère. Il resta figé un moment devant sa propre image, avant qu’elle ne lui tende une baguette :

« Cette baguette appartenait à ma propre grand-mère, prends en le plus grand soin, elle est très puissant et ancienne.
— Je te le promet grand-mère. »

À partir de ce moment, Suzanne su qu’elle pouvait partir en paix en sachant que la tradition familiale ne serait pas perdue avec elle. Elle ne le savait pas mais une fois son heure venue, c’est Tristan lui-même qui initierait sa sœur Estelle et son parent Lissandre à ce don particulier. Un don qui servirait grandement Lissandre dans sa quête vers le sommet de la pègre locale.

Écrit le 18 Fructidor 229.