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Ça faisait quarante ans qui Daniel était ici. Quarante ans dans cette petite maison à l’écart, dans cette petite ville perdue au fin fond de la campagne. Quarante ans qu’il ne sortait que la nuit pour amuser la foule comme magicien ou pour écrire un nouveau roman à succès. Quarante ans qu’il en avait trente et que le soleil le tenait en terreur. Il y a quarante ans, il était sûr que les planches du spectacle serait sa voie vers le bonheur. Mais quarante ans, c’est long, et entre temps il s’était égaré et avait perdu toute la passion dont son métier l’emplissait jusqu’alors. Il ne voyait plus vraiment de raison de partir travailler toutes les nuits. Sans passion, à quoi bon ? Bien sûr sa position et sa renommée lui permettait d’engranger pas mal d’argent, mais cette dernière allait commencer à devenir un problème. Les gens normaux, et même les plus grandes stars, ne sont pas sensé vivre quarante ans sans prendre la moindre ride. Bientôt il devrait de toutes façons quitter le devant de la scène, mais pour faire quoi ?

Un soir, alors qu’il rentrait chez lui après le travail, il vit une scène peu commune dans une si petite ville. Deux inconnu·es se tenait dans la rue, un·e près de sa voiture, l’autre juste devant, l’empêchant de partir. Et les deux se hurlaient dessus dans la nuit. Curieusement, ça se semblait pas encore avoir attiré l’œil du voisinage, les aides de l’état pour l’isolation avaient été bien utilisées apparemment. Il commença a passer son chemin, ça n’était vraiment pas ses affaires. Mais lorsque l’une des deux personnes pris le dessus sur l’autre, il remarqua quelque chose. La personne qui était maintenu à terre ne lui semblait pas humaine, son teint de peau était verdâtre. Une sorcière ! Cela lui fit remonter de nombreux souvenir de chasse aux non-humains, sorciers comme vampires avaient longtemps victimes de ces foules hystériques, mis à mort en toute injustice et en toute impunité. Il ne pouvait supporter de revoir ce genre de chose se reproduire désormais. D’un seul bond, il se jeta sur l’humain, qu’il plaqua au sol sans difficulté et étouffa avec toute la rage dont il était capable. Rapidement, sa victime perdit connaissance. Il continua. Une main se mit alors sur son épaule :

« Arrête, il faut se tirer rapidement ! » lui dit la voix qu’il venait de sauver.

Il repris ses esprits et vit que des lumière avait commencé à s’allumer dans la rue. Bientôt les autres humains sortiraient. Après des années de trêve, si l’un d’entre eux voyait un sorcier et un vampire en train d’étrangler un humain dans la rue, les chasses pourraient rapidement recommencer avec plus d’intensité que jamais. Il traîna la personne inconsciente sur le trottoir puis fut lui-même entraîné dans la voiture du sorcier, qui démarra au quart de tour, fuyant les regards qui commençait à poindre aux fenêtres et aux portes de la rue. Si son cœur battait toujours, il serait probablement au bord de la crise cardiaque à cet instant.

« Merci, j’allais y passer sans toi, dit l’inconnu·e au volant.
— Heu, de rien. C’est normal, entre monstres il faut savoir s’aider. »
L’autre rigola. « Crois-moi, je connais beaucoup de « monstre » qui n’aurait pas levé le petit doigt à ta place. Je m’appelle Lissandre. Et toi ?
— Enchanté, Daniel. »
Iel le regarda. « C’est toi qui vit à l’Abandon, c’est ça ?
— Oui, mais comment… commença Daniel, décontenancé.
— Je connais tout le monde ou presque ici. Je te ramène chez toi ?
— Oui… oui, merci. »

Daniel l’observa en silence durant une grande partie du trajet, sans parvenir à déterminer s’il connaissait cette personne, ni s’il s’agissait d’un homme ou d’une femme d’ailleurs. Il n’osa pas poser de question mais il eut quand même une réponse :

« Ni l’un ni l’autre.
— Pardon ?
— Je sais à quoi tu pense et la réponse est : ni l’un ni l’autre. Je ne suis ni un homme, ni une femme.
— Je n’ai rien…
— J’ai l’habitude, t’en fais pas va. »

Le reste du voyage se passa silencieusement. Une fois arrivés devant chez lui, il læ remercia et descendit.

« Une dernière chose, Daniel.
— Oui ?
— Il est possible que j’ai besoin d’autres coups de main comme celui-ci, je repasserais si c’est le cas. Ça ne te dérange pas ?
— D’autres coup de main ? répondit-il un peu hésitant.
— Oui, mais on en reparlera le moment venu si tu veux bien.
— D’accord… »

Il referma la portière et la voiture disparu rapidement dans la nuit.

Le 29 Fructidor 229.