« Très bien Alexis, reprends avec la gamme précédente maintenant. »

La voix de Rachelle résonnait dans la grande salle de bal où se trouvait le piano à queue. Elle souhaitait transmettre à son fils, plus que sa fortune, sa passion pour la musique, ou à défaut des compétences en piano et en danse.

Il s’en sortait bien pour son âge, même pour un adulte il s’en sortirait bien en réalité. Mais elle sentait qu’il n’avait pas cette passion qui l’habitait au fond de lui, que ça soit pour le piano, un autre instrument, la danse ou la musique en général. La seule passion qui l’animait vis-à-vis du piano c’était de l’ouvrir pour trifouiller les mécaniques. Plus d’une fois Rachelle ou sa femme, Mélissa, l’avait sauvé in extremis du couvercle qui allait se refermer sur lui alors qu’il était penché à l’intérieur de l’instrument. Bien sûr elles lui avait interdit de recommencer à chaque fois, et bien sûr il n’avait jamais écouté, il se montrait plus prudent maintenant cela dit. Il était tout simplement fasciné par le fonctionnement interne des instruments et des machines en général, heureusement pour la santé mentale de ses mères, il n’avait pas accès à des outils lui permettant d’ouvrir les appareils électriques de la maison. Pour canaliser sa passion, le couple lui avait acheté un nombre impressionnant de jeu de construction de tout type, des Meccano, des Lego… Il avait même eu droit à un abonnement au CAM depuis quelques mois.

Alors qu’Alexis se trouvait en plein milieu de sa partition, Mélissa fit irruption dans la pièce, se rua vers eux et plaqua une feuille sur le couvercle du piano d’une main ferme en criant :
« Boom ! »

Les deux autres la regardait d’un air ahuris. Au bout de plusieurs secondes de silence interloqué, Rachelle demanda doucement :
« Boom ? 
— Oui, boom ! répondit Mélissa en remettant sa mèche brune en place.
— Mais quoi « boom » ?
— Boom j’ai eu l’accord de la communauté de commune pour louer des maisons !
— Attends, quel accord ? T’as demandé ça quand ?
— Mais si, tu te souviens, je t’en avais parlé il y a quelques mois et m’avais dit que t’étais ok. »

Rachelle réfléchit plusieurs secondes avant de répondre en croisant les bras sur son tailleur bleu : « Hum, je pense que je t’avais plutôt dit de faire ce que tu voulais parce que tu me lâchait pas avec ça.
— Oh ça va, c’est la même chose, t’as dit oui en gros, répondit Mélissa avec un revers de la main.
— Certes… Et donc ?
— Et donc voilà ! En plus ça tombe bien, y a justement de nouvelles têtes qui arrivent dans pas longtemps et qui cherchent de quoi louer.
— Ah parce que t’as des maisons maintenant toi ?
— Pas encore. Enfin pas tout à fait. C’est en cours. Il faut que tu me signe ça avant. » Elle désigna la feuille posée sur le couvercle du piano.

Rachelle prit la feuille et la parcouru rapidement. Pendant ce temps là, Alexis s’éclipsa discrètement pour retourner à ses Meccano dans sa salle de jeux.

« C’est beaucoup d’argent quand même, fit remarqué Rachelle en faisant la moue.
— Oh ça va, on se fait ça en à peine quatre mois, on peut bien l’investir non ? Et puis, pense à ce que va nous rapporter derrière. » L’excitation se lisait sur le visage de Mélissa.
« Bon, bon. De toutes façons j’ai déjà dis oui.
— Exact ! confirma-t-elle fièrement, les mains sur les hanches.
— Voilà, contente ? » Rachelle tendit la feuille signée à sa femme.
« Très ! Je t’aime ma chérie. » gloussa Mélissa en l’embrassant sur la joue avant de repartir aussi vite qu’elle était venue.

Rachelle soupira. « Bon, on reprends… Alexis ? »

Écrit le 12 Fructidor 229.
Repris le 1 Sans-culottide 229.