Je venais d’arriver à La Novèla Gascona, ce qui était devenu au fil des années le plus gros journal local. Bien que restant tout de même de taille modeste en comparaison avec ses rivaux urbains, il était difficile de se faire réellement remarquer lorsqu’on débutait, et j’étais particulièrement transparent à ce moment là. Mes seuls tâches consistait à apporter le café, faire des photocopie, et répondre aux petits vieux qui se plaignait de ne pas avoir reçu leur journal à quatre heures précises ce matin.

Cependant, j’avais un atout dans ma manche. Je connaissais le fils de la chanteuse actuelle du groupe Asylum, que tout le monde connaît sous le pseudonyme de Bessi. Si j’arrivais à le convaincre de persuader sa mère de m’accorder une interview, ça me vaudrait sans aucun doute une promotion et une place de choix dans le journal. J’avais justement rendez vous avec le fils en question, Théo Pujol, et après l’avoir cuisiner un peu je lui demandais ce service.

« Je vais voir ce que je peux faire » me soupira-t-il.

Et apparemment, il pouvait faire beaucoup lorsqu’il était question de sa mère, malgré la relation plus que tendu entre lui et son père Damien. Jamais elle n’avait accepté une entrevue, par peur pour sa vie privée d’après Théo, mais pour son fils elle avait accepté à la condition expresse qu’il n’y ai ni photo ni aucune information personnelle permettant de l’identifier en tant que Annick Pujol, ce que j’acceptais bien sûr sans discuter.

 

En arrivant devant la maison Pujol, de vieux souvenir me remontait de lorsque je passais voir Théo après l’école. Cette grande bâtisse rouge n’avait pas changé depuis toutes ses année, avec sa terrasse en bois qui l’entourait et sur laquelle nous passions des après-midi à jouer. Et ce grenier dans lequel nous faisions toujours de nouvelles découvertes, que ça soit dans des coffres ou en nous-même, comme une vielle lampe à huile ou sa bisexualité. Je frappais à la porte et Annick vint m’ouvrir, elle sembla me reconnaître quelque peu mais ne dit rien.

Nous nous installâmes dans le salon, à cette heure-ci de la journée personne à part elle n’était à la maison pour nous déranger. Je lançais l’enregistrement audio et commençait à réciter le petit discours que j’avais préparé à l’avance.

« Bessi, cela fait maintenant cinq ans que vous êtes la tête du groupe Asylum, connu comme l’un des plus gros groupe de Heavy Metal du pays, pourtant jusqu’à présent vous n’avez accepté aucune entrevue avec un journaliste, pourquoi cela ?
— Je tiens à ma vie privé, tiens, répondit-elle en riant. La plupart les journalistes qui s’intéressent aux musiciens et aux célébrité n’en ont rien à faire de nos vie privée. Enfin plutôt, ça les intéresse énormément, mais pas pour nous la laisser, pour la vendre aux gens. J’ose espérer que vous ne ferez pas de même.
— Aucun risque, je l’ai promis à votre fils et je vous le répète maintenant encore une fois. »

L’entrevue se déroula rapidement, j’avais beaucoup de matière malgré la restriction de cacher son identité. Une fois terminé, nous discutâmes un peu, elle se souvenait effectivement de moi, même si j’avais beaucoup changé depuis.

« Attends, que je me rappelle… Ton nom c’est Alis, c’est ça ? Alis Fontaine je crois.
— Effectivement, vous avez une bonne mémoire madame Pujol.
— Appelle moi Annick et arrête de me vouvoyer, répondit-elle en me souriant, on est plus en train de travailler. »

Je restais encore une heure ou deux avec elle, à parler de Théo, de sa relation avec son père, de sa famille, puis je pris congé avant que la famille en question ne revienne du travail ou de l’école. Je n’avais plus qu’à mettre en forme mon article, à le proposer à la rédaction et à voir leur tête lorsqu’il verrait qui j’avais réussit à interviewer.

Écrit le 4 Sans-culottides 229.