Il était tard dans la nuit. Il faisait froid et un silence de mort régnait sur la rue. Rien de tout cela ne dérangeait Daniel, la nuit était son domaine. Il se tenait aux cotés de Lissandre, qui avait demandé un coup de main, comme iel disait. Le coup de main consistait essentiellement à rester planter à coté d’ellui et ne pas dire un mot. Il était important qu’on le voit bien cela dit selon Lissandre, ça lui permettrait de mieux remplir son rôle d’épouvantail, aussi étaient ils près d’un lampadaire. Le seul de la vielle rue du cimetière en fait, juste devant celui-ci. L’endroit était proprement charmant, des tombes, la vielle église, le mur en pierre à moitié écroulé par endroit, l’ombre du château du village projeté par la pleine lune, le vent dans les arbres…

Au bout d’une heure ou deux de silence total et d’ennui franc, il faut l’avouer, quelqu’un arriva enfin. Lissandre intima le silence à Daniel, même si celui-ci n’avait pipé mot depuis qu’il était là. C’était un homme, assez petit et avec dans la main une mallette similaire à celle de Lissandre. Ils échangèrent quelques mots, échangèrent leurs mallettes respectives et y jetèrent un coup d’œil. Puis l’homme reparti de là où il était venu. Lissandre et Daniel en firent de même, il l’accompagna jusqu’à sa maison, toujours dans le silence.

Une fois arrivé, iel lui proposa d’entrer et il s’exécuta.

« Merci pour ton aide, reste là, j’ai un truc pour toi. » dit-iel en partant dans une pièce du fond de la maison.

La maison semblait ancienne, une ferme probablement, c’était le cas de beaucoup de maisons dans le village. Murs épais couverts de torchis, tapisserie ancienne répartie en cinq ou six couches successives au fil des générations et des goûts, meubles en bois quasi incassables. Iel revint au bout d’une minute ou deux, avec une liasse de billet à la main.

« Tiens, pour le dérangement. »

Il regarda la liasse avec un air abruti, du point de vue de Lissandre. « Il doit y avoir deux cent balles là-dedans !
— C’est ça oui, tu compte vite, répondit-iel en souriant. Si tu veux plus, j’ai un travail à plein temps à te proposer.
— Un travail comme ce soir ?
— Non, ce soir c’était exceptionnel. Je ne connaissais pas ce type et je voulais être sûre de pas avoir de problème avec. Je sais me défendre sans problème, mais c’est toujours plus efficace d’avoir quelqu’un qui fait peur avec soi.
— Attends, c’est moi qui fait peur ?
— Un vampire, ça fait peur à tous les humains. »

Il ne répondit rien, iel avait raison.
« Non, c’est un travail un peu plus excitant que j’ai à te proposer. Tu as déjà travaillé dans les affaires ?
— Dans une autre vie, oui. Mais c’était il y a très longtemps.
— Tu te souviens de comment ça fonctionne ?
— Vaguement oui.
— Parfait, il faudra juste que tu sois un peu plus… discret. Et brutal, parfois.
— C’est quoi exactement comme travail, Lissandre ?
— Du recel. »

Il s’étrangla à moitié en entendant ça.
« Du recel ? Mais enfin c’est quoi ton travail à toi ?
— Je gère un petite entreprise locale, rien de plus. Enfin, plus qu’une entreprise, nous sommes une famille. » Iel fit un clin d’œil à Daniel.
« Pourquoi tu me fait confiance comme ça ? On se connaît pas tant que ça je pourrais être un informateur, je pourrais…
— Tu pourrais rien du tout. J’ai des sources. Et puis, tu as attaqué la justicière locale je te rappelle, j’ai pas besoin de te faire confiance puisque si tu me trahis ton identité finira directement dans sa boîte au lettre.
— Donc, dit Daniel après un long silence, j’ai pas vraiment le choix en fait.
— Bien sûr que si, je ne te force à rien ! La seule chose pour laquelle t’as pas le choix c’est celui de garder le silence, mais pour le travail c’est comme tu le sens.
— Je… je dois réfléchir. Je te dirais ça demain. »

Lissandre le raccompagna jusqu’à la porte. En rentrant chez lui, son esprit était embrumé, trop de questions y tournaient sans cesse pour qu’il ai le temps d’y répondre.

Mais après tout, lui qui trouvait son travail actuel lassant, ce pourrait bien être une reconversion intéressante.

Écrit le 1 Vendémiaire 230.