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La mèche blonde d’Astrid lui tombait sur les yeux tandis qu’elle se penchait vers Ravier. Le petit bonhomme ne savait même pas encore marcher et commençait tout juste à prononcer quelques mots. Elle l’attrapa et le berça pour l’aider à s’endormir. Elle ressentait la chaleur caractéristique d’un amour inconditionnel, mais malgré cela, elle était angoissée. Elle n’avait jamais pris le temps de penser à ça depuis que cette période de sa vie était terminée. Mais rien ne pourrait effacer ces années, et avoir un enfant désormais ne pouvait que lui rappeler ces évènements.

 

Lorsqu’elle était encore enfant, elle vivait avec sa mère et ses grand-parents, son père étant parti très tôt dans son enfance. Elle se souvenait vaguement de lui, mais la forme de son visage lui échappait et son nom lui était inconnu aujourd’hui. Un jour, il ne revint pas, tout simplement. Ce jour là, sa mère pleura toute la nuit seule dans sa chambre. Au matin, elle ne semblait être qu’une coquille vide manquant de sommeil et remplie chagrin. Petit à petit, elle se reconstruisit seule, apprenant à vivre pour elle-même et pour son enfant, et ce fut probablement la période la plus heureuse de l’enfance d’Astrid.

Les années passèrent, et Astrid grandit dans l’innocence relative que l’on accorde si souvent aux enfants. Relative car malgré les efforts de sa mère, elle voyait bien que celle-ci allait de plus en plus mal. Plus tard, on lui expliqua qu’elle était atteinte de mucoviscidose, mais à ce moment là tout ce qu’elle comprenait c’était que sa mère avait de plus en plus de difficultés à faire des efforts et à respirer, jusqu’au jour où elle n’y arriva plus du tout.

Elle était dans la chambre d’hôpital avec sa mère. Cette dernière dormait et était branchée à tout un tas de machine qui angoissait l’enfant qu’était Astrid. Elle ne comprenait pas pourquoi elle était là. Elle ne comprit pas non plus lorsque les médecins s’agitèrent autour de sa mère et qu’elle fut mise à l’écart de la pièce. Elle ne compris qu’une chose, lorsque le médecin lui parla après une éternité à attendre à l’extérieur de la chambre : sa mère n’était plus là pour elle désormais.

Après cela, elle fut persuadée de voir sa mère la nuit, qu’elle hantait la maison et errait sans but. Elle vécu à ce moment-là avec ses grand-parents maternels, Astier et Aline. Eux aussi avaient beaucoup souffert de la mort de leur enfant, bien qu’iels tentent, sans grand succès, de le cacher aux yeux de leur petite-fille. Cette évènement sembla profondément ébranler leur couple, pourtant solide depuis plus de quarante ans. Les disputes devenaient plus régulières, plus fortes à chaque fois, sans qu’aucun des deux ne fasse réellement d’efforts pour se raccommoder avec l’autre.

 

Au bout de quelques années, l’inévitable se produit et iels se séparèrent. Astrid rentrait alors de son lycée, ne trouvant pas Astier dans la maison elle alla voir sa grand-mère. Aline lui expliqua alors gauchement ce qu’il s’était passé durant son absence. La petite-fille sentit son cœur se serrer, elle venait encore de perdre un des deux seuls membres de sa famille. Elle s’enferma dans sa chambre et pleura autant que lorsqu’elle avait perdu sa mère, elle était terrifiée de se retrouver totalement seule lorsque sa grand-mère l’abandonnerait à son tour. Celle-ci tenta de la rassurer, elle n’allait pas l’abandonner, pour rien au monde elle ne ferait ça.

Mais ce fut le cas. Une nuit alors qu’Astrid regardait la télévision, elle aperçut sa mère du coin de l’œil, comme ce fut le cas de nombreuses fois depuis sa disparition. Elle se leva et suivi discrètement la trace du fantôme, jusque dans la cuisine. Elle vit alors sa grand-mère, dos à elle et le fantôme qui s’approchait lentement d’elle. Elle était sur le point l’appeler, pour qu’elle voit, pour qu’elle ne pense plus que sa petite-fille était folle. Mais avant qu’elle n’eut le temps de faire quoi que ce soit, le fantôme se matérialisa nettement et hurla sur Aline. La grand-mère tenta de hurler de peur en retour, mais rien ne sorti de sa bouche. Elle mit sa main sur sa poitrine quelques secondes avant de s’effondrer, inconsciente, sur le sol. Astrid accourut vers elle et tenta de la réveiller, sans succès. Elle se jeta alors sur le téléphone pour appeler le SAMU. Ils vinrent au bout de très longues minutes, au cours desquelles Astrid tentait toujours de réveiller sa grand-mère. Lorsque les ambulanciers l’amenèrent à l’hôpital, elle les suivit dans l’ambulance, toujours terrifiée par ce qu’il venait de se produire.

Une fois arrivées, elles furent séparées et Astrid dut demeurer dans la, maintenant trop familière, salle d’attente. Au bout d’un temps qu’elle ne sut quantifier, la médecin arriva, le visage grave. Elle n’eut pas besoin d’explication, elle avait comprit l’essentiel, sa grand-mère l’avait abandonné comme elle le redoutait tant. Elle était seule maintenant.

 

Durant le reste de son adolescence elle dut veiller sur elle-même, son grand-père n’ayant donné aucun signe de vie depuis longtemps. Elle fit de petits boulots en sortant du lycée, éreintants pour la plupart, et tenta de garder des notes relativement correctes, avec un certain succès. Une fois parvenue à l’âge adulte elle tomba amoureuse et se maria avec Théo Pujol, un des seuls amis avec lesquels elle avait réussit à garder contact durant son adolescence. Ils finirent par décider d’avoir un enfant, et maintenant elle se retrouvait paralysée par ses souvenirs alors qu’elle le tenait dans ses bras. Elle ne voulait pas lui faire subir la même chose, elle avait peur de lui avoir transmis la maladie de sa mère, elle avait peur que son couple explose comme celui de ses parents et de ses grand-parents, elle était soudainement envahie de doute.

C’est alors que le petit Ravier attrapa son doigt avec ses petites mains, il dormait paisiblement contre sa mère. Ses doutes s’évanouirent alors, quoi qu’il arrive, elle serait là pour lui, elle ferait tout son possible pour lui et son bonheur.

Écrit le 6 Vendémiaire 230.