La Protection dont ce village a besoin

Avertissement de contenu : Mention de mort.


Depuis quelques temps, les cambriolages et autres larcins semblait se multiplier en ville, en tout cas la télévision et les voisins ne parlaient plus que de ça. Et pour cause : il n’y avait personne pour protéger les habitants, pas de police, pas de commissariat, rien. Ambre en avait assez, iel voulait protéger sa famille coûte que coûte, peu importe si il n’y avait pas les fonds pour engager des policier ou faire construire un commissariat, iel ne resterait pas sans rien faire face à cette vague de crime.

Iel avait beau n’avoir aucun entraînement ou formation, iel fournirait la protection dont ce village avait grand besoin. D’autant plus que certaines rumeurs concernant les Manchoulas faisait froid dans le dos. Des histoires de pègre, de sorcellerie, de mort soudaine. Notamment dans cette famille, la sœur de la matriarche était morte brûlée, soit-disant suite à un incendie causé par la gazinière. Tout le monde savait que tout n’était pas rose entre les deux sœurs, et que la matriarche de la famille était soupçonnée de fricoter avec des forces obscures. Le reste de la famille n’était pas non plus blanc comme neige, bien au contraire. Mais le manque de preuve et de force de l’ordre faisait qu’elles pouvaient faire comme bon leur semblait sans encourir de moindre problème.

« Plus pour longtemps, pensa Ambre, je mettrais un terme à tout ça quoi qu’il en coûte. »

Lorsque son mari appris son intention, il fut effrayé à l’idée que l’amour de sa vie risque la sienne au quotidien, seul·e qui plus est. Il tenta de l’en dissuader mais se rendit rapidement compte que c’était inutile, son choix était déjà fait. Ambre serait la seule protection dont la communauté disposerait, et sa volonté semblait inébranlable.


Écrit le 15 Fructidor 229.

Tête de nœud

Avertissement de contenu : homophobie.


« T’es vraiment un con tu sais Damien, déclara Pièr.
— Merci, ça fait toujours plaisir venant de toi.
— Non mais, sérieusement, je te comprends pas sur ce coup là, c’est quoi ton problème ?
— Je… je sais pas écoute, il m’a surpris et j’ai pas su comment réagir, avoua Damien.
— Et ce qui t’es venu naturellement c’est lui gueuler dessus ? Tu sais que tu viens de perdre définitivement ton fils avec tes conneries ? »
Damien resta silencieux, regardant les étoiles assis sur les marches de son porche. Son frère avait raison, lorsque Théo lui avait avoué être bisexuel il aurait du réagir comme sa femme et sa fille et l’accepter et le soutenir, mais les années de bourrage de crâne par ses propres parents l’avaient rendu quelques peu reluctant à ce genre de choses. Maintenant son fils et lui étaient plus en froid qu’il ne pourraient jamais l’être, et il le regrettait profondément.

« Je ne pense pas pouvoir réparer ce que j’ai fais » lâchât il finalement.

Un nouveau silence lourd de sens pesa sur les deux frères, chacun perdu dans leurs pensées.

« Tu savais que mon fils était en fait ma fille ? demanda Pièr.
— Pardon ?
— Elle est trans, elle m’a dit ça il y a quelques jours. J’aurais probablement du le voir venir avec le recul. Mais j’ai encore un peu de mal à m’y faire je t’avoue.
— Attends attends, de quoi tu parles ?
— C’est simple, on pensait que c’était un garçon et on l’a traitée comme telle, mais en fait il se trouve que c’est une fille, expliqua Pièr.
— C’est si compliqué que ça de reconnaître le sexe d’un alien ?
— Ça a rien à voir avec le sexe tête de nœud, c’est une question de genre, de comment tu te sens et de comment les autres te perçoive.
— Ah, d’accord, répondit Damien, incertain d’avoir réellement compris de quoi il s’agissait.
— Elle voulait que ça soit moi qui t’en parles parce que… Tu vois bien pourquoi elle voulait que ça soit moi qui t’en parles.
— Parce que je suis un gros con réactionnaire et intolérant ?
— Elle s’appelle Serafina maintenant au fait, dit Pièr sans faire cas de la réponse de son frère.
— C’est joli.
— C’est ce que je lui ai dit.


Écrit le 16 Fructidor 229.

Un immense château

Des pas raisonnaient dans le long couloir, approchant lentement. Ils pénétrèrent dans l’immense salon, on les entendaient distinctement maintenant. Une main se posa sur le flanc de Rachelle. À son contact, sa peau hâlée se hérissa. Elle se retourna alors et étreint la personne en face d’elle, enfonçant son visage dans son cou tandis qu’elle la serrait fort.

« Qu’est-ce que tu pense de cet endroit alors ma chérie ?
— Tant que je suis avec toi, Mélissa, ça me convient, souffla Rachelle en relâchant son étreinte.
— Alors on le prends. » répondit Mélissa en replaçant sa mèche brune. Elle l’embrassa alors tendrement avant de retourner voir la propriétaire pour signer l’acte de vente.

Le château était immense, présent depuis des lustres mais malgré tout en excellent état. La famille précédente le possédait depuis si longtemps que les générations se perdaient dans l’histoire. Mais aujourd’hui, la seule héritière n’avait plus les moyen de le faire entretenir et elle était contrainte de s’en séparer et de partir vivre ailleurs. Mélissa au contraire venait de faire fortune grâce au brevet scientifique qui avait permis de faire grandement avancer le vaccin contre la rage des lamas, un fléau auquel on ne pensait plus trouver de remède depuis des dizaines d’années.

Grâce à ça, elle pouvait désormais vivre comme elle l’avait toujours voulu : dans le luxe le plus total. Elle avait même pu aidé sa femme à se lancer dans la politique en payant sa campagne électorale. Elle espérait l’aider à réaliser son rêve, devenir Maire de la ville. Quant à elle, elle pu se lancer dans une carrière de sportive, l’argent de son brevet lui garantissant une retraite anticipée confortable. Peut-être même qu’elle serait repérée dans une grande équipe un jour, et qu’en plus de la richesse elle connaîtrait la popularité dont jouisse les légendes sportive.


Écrit le 17 Fructidor 229.

Sorcière !

« Bon, viens par ici Tristan, il est temps que je te montre quelque chose, déclara Suzanne.
— Quoi donc, grand-mère? »

Ils se trouvaient dans la chambre de Suzanne, un lieu totalement hors-limite pour qui que ce soit autre qu’elle. Ou ses amants. En entrant, Tristan remarqua l’énorme chaudron dans le fond de la pièce, fumant et luisant d’une façon peu naturelle. Il y avait également, outre le lit et l’armoire, un vieux grimoire posé sur un piédestal. Il savait bien ce qu’était tout ça, toute la famille le savait. Une partie des voisins s’en doutaient également mais personne n’osait rien dire.

« Est-ce que c’est… ?
— C’est un chaudron, oui, tu es perspicace fiston, lança Suzanne. Approche je te dis, je vais t’apprendre quelque chose qu’on se transmet de générations en générations, et dont Lissandre ne s’est jamais montré·e digne jusqu’à présent. Toi en revanche… »

Il approcha lentement, fasciné par la lueur émanant du chaudron et déformant le visage verdâtre de sa grand-mère. Une fois arrivée à son niveau, une odeur de souffre lui sauta aux narines, l’étouffant presque.

« Ne t’en fais pas, tu t’y habituera. Ça dégage les bronche, tu verra, ricana-t-elle. Allez, je vais t’apprendre nos secrets de famille, et écoute moi bien ou je jure que je te transforme en lama. »

Des heures durant, elle lui montra les différentes potions transmissent de générations en générations depuis des temps immémoriaux, elle lui expliqua les bases de la magie occulte qui coulait dans ses veines. Au bout de plusieurs mois de ses cours particuliers, elle le jugea suffisamment prêt pour lui transmettre le don familial.

« Ça va te piquer méchamment » prévint-elle en préparant son sort.

En le recevant, Tristan compris qu’elle ne mentait pas. Il eu l’impression de sentir sa peau fondre, ses os se briser, sa tête était en ébullition. Il tenta d’hurler de toutes ses forces mais aucun son ne sorti de sa bouche. Finalement, il tomba à terre, épuisé mais plein d’énergie, brisé mais plus fort que jamais. Suzanne l’aida a se relever et l’emmena vers son miroir. Sa peau avait pris la même teinte verte que sa grand-mère. Il resta figé un moment devant sa propre image, avant qu’elle ne lui tende une baguette :

« Cette baguette appartenait à ma propre grand-mère, prends en le plus grand soin, elle est très puissant et ancienne.
— Je te le promet grand-mère. »

À partir de ce moment, Suzanne su qu’elle pouvait partir en paix en sachant que la tradition familiale ne serait pas perdue avec elle. Elle ne le savait pas mais une fois son heure venue, c’est Tristan lui-même qui initierait sa sœur Estelle et son parent Lissandre à ce don particulier. Un don qui servirait grandement Lissandre dans sa quête vers le sommet de la pègre locale.


Écrit le 18 Fructidor 229.

Inauguration de l’université

« Ça y est, le temps de l’éducation et de l’excellence est enfin arrivé ! Désormais les étudiants ne seront plus forcés à partir loin de chez eux pour recevoir un diplôme et une éducation supérieure. Car aujourd’hui je déclare officiellement ouverte la première université du département ! Bienvenus à la Faculté… la… la Faculté Normale de Gascogne ! »

En descendant du podium sous les applaudissement de la population, la Ministre se pencha sur son assistant :

« Dites moi, Damien, vous êtes bien sûr du nom de la faculté ?
— David. Et oui, c’est bel et bien le nom qui a été enregistré sur les papiers officiel, Madame.
— C’est pas vrai… Quelle bande de bouseux ahuris, soupira-t-elle. Bon, on lève le camp, on rentre à la maison, j’en ai plus qu’assez de ce trou perdu. »

« Attends, elle a vraiment dit ce que je crois qu’elle a dit ? demanda Rachelle.
— Heu… Ouais apparemment, lui répondit Mélissa.
— On avait pas mis un véto sur ce nom stupide ?
— On a aucun véto à mettre, je te rappelle que t’es pas encore élue, chérie.
— Ça ne saurait tarder, se renfrogna Rachelle.
— Allez, va. Tu pourra toujours changer le nom quand tu sera Maire.
— Et quand j’aurais trouvé l’abruti qui a foutu ce nom dans les papiers de déclaration, oui.

Mélissa gloussa, puis elle quittèrent le lieu de cérémonie et rentrèrent chez elles.

Normale ou pas, l’ouverture d’une université promettait un avenir radieux à la petite ville.


Écrit le 19 Fructidor 229.

D’étranges bambins

« Tout de même, c’est bizarre vous ne trouvez pas, lança la femme.
— Pardon, madame ?
— Vous savez bien, ces deux bébés qui viennent de naître chez les Colard.
— Et bien ?
— Et bien ils sont pas naturels, c’est moi qui vous le dit !
— Évidemment qu’ils sont pas naturel, les Colard sont gays, ils ont du adopter voilà tout, s’impatienta Damien.
— Mais non, ils sont nés là-bas, dans la maison. Ce sont des enfants du démon ! Ils sont verts comme la peste et ont les yeux noirs comme la nuit !
— Bon, si vous ne comptez pas acheter quoi que ce soit je vous prierais de partir madame. »

Choquée, la femme s’en alla en marmonnant. Qu’est-ce qu’elle pouvait se montrer insupportable cette vielle, pensait Damien. Il savait ce qu’il en était pour sa part, et ce devait être le cas de quelques autres personnes dans le village d’ailleurs. Il était même surpris qu’elle ne fut pas au courant de quoi il retournait, à moins qu’elle ne le sache mais ai décidé de mettre les Colard dans la merde avec leurs voisins, ça n’était pas à exclure avec elle. Tout en étant perdu dans ses pensées, il rangeait et réassortissait les étagères de son épicerie, il avait tellement l’habitude qu’il faisait tout par automatisme maintenant.

Dans tous les cas, il s’agissait de toute évidence de bébés aliens, encore d’autres. Pour une raison inconnue il semblait qu’ils enlevait de plus en plus de monde ces derniers temps, et qu’ils fécondaient les mâles avec leur technologie étrange pour se reproduire. Damien se demandait s’il revenait un jour chercher leur progéniture ou s’il l’abandonnait là, tout simplement. La seconde option serait particulièrement étrange, pourquoi se donner tant de mal si c’est pour ne rien en retirer au final ? Si la première option était vraie cependant, il redoutait le moment où ils viendrait chercher sa nièce, son frère serait dévasté si cela devait arriver.

Le reste de la journée se déroula sans accroc, il en profita pour appeler son frère et parler de ça avec lui. Ce dernier était au courant aussi malgré le fait qu’il ne connaisse pas personnellement le couple en question, les rumeurs se répandent vite dans un petit village comme le leur. Il dit à Damien de ne pas s’inquiéter pour la vielle, qu’elle était de plus en plus aigrie ces temps-ci parce que les gens lui tournaient le dos à force de ne plus pouvoir supporter son caractère et ses ragots acides. Pour sa part, sa fille Serafina se portait bien, personne n’avait été méchant avec elle de part ses différences, pour autant qu’il sache.

« Au fait, tant que je t’ai au téléphone, dit Pièr, t’as essayé d’appelé ton fils ?
— Théo ?
— Oui Théo, que je sache Nicolas vis toujours chez toi.
— Non, non pas encore…
— Tu devrais, tu sais qu’il s’est marié et a eu un enfant ?
— J’ai entendu ma femme en parler, oui… Bon je, je dois te laisser, il faut que je ferme le magasin. À plus tard.

En raccrochant, il sentit les larmes lui monter aux yeux. Lui qui avait toujours voulu être amis avec tout le monde, il avait perdu son fils depuis maintenant trop longtemps et passait à coté de l’opportunité de vivre heureux avec sa famille à cause de ça. Il attrapa le téléphone, composa le numéro et se figea en entendant la voix de Théo. Il fut incapable de prononcer le moindre mot tandis que son fils répétait « Allo ? ». Au bout de plus d’une minute, Théo abandonna et raccrocha. Damien était toujours tétanisé. Il fondit finalement en larme dans son bureau.


Le 20 Fructidor 229.

Retour en prison

Avertissement de contenu : mort.


Beaucoup disent que les animaux de compagnie sont une bonne chose pour les personnes âgées. Que ça leur fais de la compagnie, une responsabilité, de l’affection, que ça les aide à survivre à l’isolement de la vieillesse. Je suis assez d’accord avec ça, d’autant que mes humains, mon couple de vieux à moi, étaient les plus gentil que j’ai pu connaître dans ma vie. Anna Desplats m’avait récupéré à la SPA alors que personne ne voulait de moi, forcément j’étais trop vieux pour attirer les gens. Mais elle, elle m’a recueillit. Et elle m’emmenait partout, en balade, à son bar, chez ses amis et sa famille, partout tout le temps. Elle m’aimait vraiment, elle voulait que je fasse réellement partie de sa vie. Et je l’aimait aussi, de tout mon cœur. Même si, pour elle, continuer à m’appeler Sakapuss comme à la SPA était une bonne chose.

Lorsqu’elle a emménagé avec son nouvel amant, Astier Labedan, j’ai eu un peu peur. Peur qu’elle m’aime moins, qu’elle n’ai plus le temps pour moi, que lui ne m’aime pas, qu’on me délaisse… Mais au final, il m’aimait beaucoup aussi, il m’emmenait avec lui quand il faisait son jogging et me tenait compagnie lorsqu’Anna était trop occupée au bar. Il était tout aussi adorable qu’Anna à mes yeux.

J’ai passé les meilleures années de ma vie avec elleux deux. Mais avec le temps qui avançait, une chose inévitable s’est produite. Anna est morte, son age l’a rattrapé. J’ai hurlé tout ce que je pouvais mais rien n’aurait pu empêcher ça. Peu de temps après, Astier est parti, lui aussi rattrapé par le temps. J’aurais voulu pouvoir attaquer cette méchante faucheuse, la faire fuir, elle qui prenait les deux seules personnes qui comptait pour moi. Elle prenait mon monde, mon amour, mon bonheur. Alors j’ai hurlé. Encore. Longtemps. Je suis resté près de leur tombes, ne pouvant me résoudre à accepter ce qu’il s’était passé.

Mais la faucheuse n’avait pas seulement prit Anna et Astier, elle avait aussi pris mes espoir de liberté. Peu de temps après la mort de mes humains chéris, la fourrière vint me chercher. J’avais beau être petit je me suis battu de toutes mes forces. Mais ils réussirent à m’enfermer dans leur cage roulante. Au début, j’ai pensé que lorsque leurs enfants respectifs, que ça soit Romain le fils d’Anna ou Astrid la petite-fille d’Astier, ont apprit la mort de leurs proches, personne n’a pensé à moi. Je pensais pourtant compter un tant soit peu pour Romain et sa famille, mais apparemment pas assez pour qu’on s’encombre de moi. Le mari d’Astrid, Théo Pujol semblait bien vouloir m’accueillir mais l’arrivée d’un enfant dans leur couple le fit changer d’avis et une fois de plus j’étais juste un encombrement pour les autres.

C’est en voyant la grille de la SPA que je compris cela. J’étais de retour ici. Là où je serait seul. Loin de ces humains que j’avais tant aimé. Je ne pourrais pas même revoir leur tombe une seule fois. J’étais de retour dans ma prison. Abandonné et oublié. Là d’où personne ne viendrait plus me sortir avant la venue de la grande faucheuse, pour moi cette fois-ci.


Écrit le 10 Prairial 229.
Repris le 21 Fructidor 229.

Premier arrivé·es…

Ça faisait longtemps que Lissandre était au top, iel avait la main mise sur toute la ville, si ce n’est sur toute la région. Bien sûr officiellement iel était une personne comme une autre, et c’était les politique qui dirigeaient. Mais dans l’ombre, tous courbait l’échine devant la puissance de la pègre locale, et celle-ci était entièrement soumise à l’autorité de Lissandre. Iel parlait peu, plaisantait même souvent avec ses sous-fifres, mais n’hésitait pas à faire preuve de violence lorsque c’était nécessaire. Bien sûr, le fait de connaître des arcanes occultes l’avait grandement avantagé dans sa conquête du pouvoir. Après tout sa famille avait la réputation d’être un repaire de sorcières et sorciers maléfiques depuis des générations, ce qui inspire généralement respect et crainte, entre deux séance de chasse aux sorcières.

Mais maintenant il lui fallait penser à l’avenir de sa famille, sa mère était morte, sa tante également, et son mari avait mystérieusement disparu après une grosse dispute. Lissandre ne voulait pas faire les même erreurs qu’avait fait sa mère. Iel donnerait à ses enfants une éducation solide et un soutient sans faille. Après tout, ça n’est pas parce qu’on est totalement indifférent à l’égard de ses enfants qu’on doit pour autant les laisser tomber. D’autant plus qu’iel avait déjà perdu une de ses filles sur le triste chemin de légalité lorsqu’elle avait quitté la maison familiale. Tristan et Estelle partirait pour l’université, il y avait encore peu de place pour le moment mais grâce à son réseau iels auraient rapidement une chambre là-bas. Grâce à ça, Lissandre espérait faire perdurer ce qu’iel avait bâti de ses mains, et peut-être même étendre encore l’influence de sa famille.

Tristan souhaitant absolument faire sa fierté, il fut plus qu’enthousiaste à l’idée de faire des études supérieure, il pensait plus tard prendre la tête de la pègre comme l’avait fait Lissandre avant lui. Estelle quant à elle pensait surtout à toutes les nouvelles rencontre qu’elle allait pouvoir faire. Et si dans le même temps elle pouvait devenir une juge puissante, réalisant son rêve et faisant plaisir à son unique parent, ça ne serait que du bonus pour elle.

Au matin de leurs 18 ans, ils partirent pour le campus, afin de commencer leurs études et de prendre leur indépendance. Rapidement, Estelle se fit de nombreux amis. Tristan quant à lui passait de nombreuses heures et nuits blanches à étudier. Ce qui ne l’empêcha pas de se faire des connaissances, et même des amours. Sa sœur ne resta pas longtemps dans la résidence où ils avaient emménagé, elle voulait rejoindre une association étudiante locale et celle-ci fut ravie d’accueillir une personne aussi appréciée qu’elle en son sein. Grâce à elle, nul doute que l’association aurait plus de rayonnement sur le campus que jamais.


Écrit le 22 Fructidor 229.

Un fromage dans le genou

Depuis le temps qu’elle en rêvait, Damaris avait enfin trouvé une place dans sa carrière de rêve, la réputation des Leroux en matière de compétence lui aurait bien servit. Un homme étrange est un jour venu jusque chez elle pour lui proposer un travail en or, très bien payé, avec beaucoup de risque, tout ce qu’elle avait toujours voulu en somme. Elle était donc devenu cheffe d’une équipe de désamorceurs de bombe. Et elle était douée, très douée, le risque ne faisant qu’amplifier ses talents. Elle et sa femme, Catheline, vivaient toutes deux dans un bonheur que peu de choses aurait pu troubler à ce moment précis. Catheline avait réussit à gérer son magasin de musique de telle façon qu’il était désormais parmi les magasins les plus cotés de la ville, et toutes deux étaient quasiment des légendes locales question compétences. Elles avaient la réputation de pouvoir tout faire, tout réparer, sans le moindre effort et plus efficacement que n’importe qui, que ça soit rénover une voiture, coudre une garde robe complète ou jouer un morceau de piano, rien ne semblait leur être impossible. Leur enfants étaient quasiment tous partis à l’université quelques mois auparavant, à l’exception de Gauthier, leur aîné, qui avait déjà une vie familiale et professionnelle bien avant que l’université ne soit ouverte. En bref, elle avait une vie proche de la perfection selon elles.

Cependant, il arrive à tout le monde de commettre des erreurs, et Damaris n’en est pas exempte. Un jour, alors qu’elle et son équipe rentrait d’une dure journée de travail, iels sont allé voir un match de baseball pour se détendre un peu. Il est difficile de résumer l’événement mais essayons tout de même. Alors qu’elle croquait dans son hot-dog, une alerte à la bombe retentit dans le stade. Bien sûr, il y eu une panique générale et un mouvement de foule, mais elle était là et elle pris les choses en main. La bombe devait être dans le stand de fromage fondu, elle et son équipe tentèrent tout ce qu’ils purent pour la désamorcer. Et ils réussirent. Cependant le stand n’ayant pas été éteint et étant sans surveillance depuis plusieurs dizaines de minutes, il se mis à déborder de façon incontrôlable et finit par lui-même causer une explosion fromagère qui recouvrit tout le stade. Suite à cela, le chef de Damaris, intolérant au lactose la renvoya pour incompétence. Ainsi fut brisé son rêve. Elle n’eut pas même la force de supplier son supérieur. Ou bien elle était trop fière pour ça, difficile à dire. Elle passa de longues nuit à déprimer et à se morfondre sur son sort, malgré les tentatives de Catheline de lui redonner le moral.

Cependant, elle finit par s’en remettre, pensant à tout ce qu’elle avait déjà accomplit avec sa femme et sa famille. Pensant à l’avenir de ses derniers à l’université, où ils ne passeraient sans doute pas leur temps à faire la fête et où ils étudieraient assidûment. Pensant à son aîné qui avait une fille adorable et un mari gentil comme tout. Tous les rêves ne sont pas fait pour se réaliser, mais ça ne doit pas nous empêcher de trouver le bonheur là où il est déjà.


Écrit le 22 Fructidor 229.

Le Manoir

Après avoir été chassée être partie à l’université, la fratrie Leroux dû décider où poser ses valises.

« Pourquoi on irait pas dans le vieux manoir en haut du campus ? proposa Kévin.
— Le vieux machin qui est pas habité depuis 40 ans tu veux dire ? répondit Amandine.
— Oh ça va, on s’en fout. Au moins ça sera pas cher ! De toutes façons, t’as une meilleure idée pour pas aller s’entasser dans les chambres de la résidence ?
— Bon, déjà on peut aller voir, on décidera sur place, lança Sabrina.
— Oui, puis au pire on enferme Kévin dans un placard et on s’en va. » plaisanta Amandine avant de se prendre un coussin en pleine figure en représailles.

En visitant le manoir, elles prirent la mesure de la quantité de ménage à faire. L’agent immobilier quant à lui leur donna la mesure de l’argent qu’elles allaient devoir débourser pour pouvoir le louer, il avait beau être ancien, il était grand et en bon état.

« On aura jamais assez d’argent, déprima Kévin.
— On pourrait peut-être demander aux mères non ? proposa Sabrina.
— Non, on est indépendant maintenant faut qu’on arrive à se débrouiller.
— Ça nous laisse pas beaucoup de choix alors, faut qu’on aille en résidence…
— Hum, sinon j’ai une idée si vous voulez » lança timidement Amandine.

Les deux autres se tournèrent vers elle.

« Y a Mélanie qui va à l’université aussi cette année.
— Mélanie, ta copine ? demanda Kévin.
— À ton avis, abruti. »

Kévin se nota de lui lancer le prochain coussin qu’il croiserait à la figure.

« Avec ses propres bourses et les nôtres je pense qu’on aurait assez pour louer la maison. Enfin, c’est vous qui voyez hein, mais on en a parlé entre nous et ça la gênerait pas de vivre avec nous. Enfin, si elle arrive à supporter Kévin bien sûr. » pouffa-t-elle avec un clin d’œil.

Manquant toujours de projectile, celui-ci se jeta sur elle pour lui apprendre le respect, ça n’est pas parce qu’il était son petit frère et qu’il était effectivement insupportable qu’il allait se laisser faire. Les deux se chamaillèrent un petit moment avant de reprendre leur sérieux. C’était d’accord, Mélanie viendrait vivre avec elles et elles loueraient le manoir.

Quelques jours plus tard elles étaient installées et allait pouvoir commencer leurs vies universitaires. Mélanie supportait très bien Kévin malgré les avertissement d’Amandine. Il ne manquait qu’une seule chose selon lui : une association. Il n’en existait aucune pour le moment, le campus n’ayant été ouvert que depuis cette année. Il leur proposa alors de créer la leur, pour pouvoir rencontrer plus de personnes, s’amuser, faire la fête, en plus de travailler assidûment cela va sans dire. Bien que Sabrina fut un peu réticente au début, la pression de son frère et de sa sœur eut raison d’elle et l’association du Manoir fut créée.

Le jour même, une fête fut organisée au manoir, quelques amis furent invités, d’autres étudiants s’invitèrent eux-même, et dans l’ensemble la fête fut un succès. Le mot passa de bouche à oreille et la nouvelle de la création de la première association étudiante se répandit rapidement dans toute l’université.


Écrit le 24 Fructidor 229.