Sur les traces d’Ultrasim

La ville manquait toujours cruellement de force d’ordre. Il n’y avait pas de commissariat, pas de patrouille, même pas un seul agent municipal, il fallait faire venir la police nationale ou la gendarmerie depuis une ville voisine à 30 minutes de route si on en avait besoin. Si certaines et certains trouvaient ça acceptable, voire préférable, à une police présente au cœur de la vie civile, ça n’était clairement pas le cas d’Alìs Bettina. Iel avait comme ambition, au-delà du fait d’être dans la police, de devenir læ prochain·e super-héroïne local·e , d’enfin mettre un terme à la gangrène qui rongeait la ville depuis bien trop longtemps.

Il avait été de celles et ceux qui avaient fait de nombreuses manifestations et appels aux élu locaux et régionaux pour enfin investir dans les infrastructure policière ainsi que dans le recrutement de nouveaux membres, stationnés proche de la ville. Une force de police lointaine ne sert à rien sinon à vaguement rassurer les gens, et encore. Malgré les pressions de leur part, et le soutient de l’Ultrasim local, rien n’avait encore été fait. La réponse d’Alìs face à cet absence de mesure fut simple : devenir justicière sans l’accord de la ville. Après tout, c’est ce qu’avait fait l’Ultrasim local, et tout le monde ou presque lui en était reconnaissant. Certes iel n’étaient qu’ado mais iel ne se laissait pas arrêter par ça. Il y avait trop de corruption et de crime dans cette ville pour qu’iel se permette de ne rien faire.

Après avoir tenté de mener différentes enquêtes sur les crimes locaux, et notamment sur l’organisation criminelle qui semblait avoir fait main basse sur la ville depuis qu’iel était enfant, iel rencontra Ultrasim. Alìs avait son soutient total dans son entreprise. L’héroïne, ou le héros, avait trop besoin d’aide pour laisser passer passer une occasion comme celle-ci apparemment.

Bientôt, l’ado pourrait découvrir qui se cachait derrière la mafia locale et, avec l’aide de son héroïne, mettre enfin un terme à son hégémonie et ramener la tranquillité dans sa ville, iel en était certain·e.


Écrit le 3 Vendémiaire 229.

Un air frais dans la nuit

Il était tard dans la nuit. Il faisait froid et un silence de mort régnait sur la rue. Rien de tout cela ne dérangeait Daniel, la nuit était son domaine. Il se tenait aux cotés de Lissandre, qui avait demandé un coup de main, comme iel disait. Le coup de main consistait essentiellement à rester planter à coté d’ellui et ne pas dire un mot. Il était important qu’on le voit bien cela dit selon Lissandre, ça lui permettrait de mieux remplir son rôle d’épouvantail, aussi étaient ils près d’un lampadaire. Le seul de la vielle rue du cimetière en fait, juste devant celui-ci. L’endroit était proprement charmant, des tombes, la vielle église, le mur en pierre à moitié écroulé par endroit, l’ombre du château du village projeté par la pleine lune, le vent dans les arbres…

Au bout d’une heure ou deux de silence total et d’ennui franc, il faut l’avouer, quelqu’un arriva enfin. Lissandre intima le silence à Daniel, même si celui-ci n’avait pipé mot depuis qu’il était là. C’était un homme, assez petit et avec dans la main une mallette similaire à celle de Lissandre. Ils échangèrent quelques mots, échangèrent leurs mallettes respectives et y jetèrent un coup d’œil. Puis l’homme reparti de là où il était venu. Lissandre et Daniel en firent de même, il l’accompagna jusqu’à sa maison, toujours dans le silence.

Une fois arrivé, iel lui proposa d’entrer et il s’exécuta.

« Merci pour ton aide, reste là, j’ai un truc pour toi. » dit-iel en partant dans une pièce du fond de la maison.

La maison semblait ancienne, une ferme probablement, c’était le cas de beaucoup de maisons dans le village. Murs épais couverts de torchis, tapisserie ancienne répartie en cinq ou six couches successives au fil des générations et des goûts, meubles en bois quasi incassables. Iel revint au bout d’une minute ou deux, avec une liasse de billet à la main.

« Tiens, pour le dérangement. »

Il regarda la liasse avec un air abruti, du point de vue de Lissandre.
« Il doit y avoir deux cent balles là-dedans !
— C’est ça oui, tu compte vite, répondit-iel en souriant. Si tu veux plus, j’ai un travail à plein temps à te proposer.
— Un travail comme ce soir ?
— Non, ce soir c’était exceptionnel. Je ne connaissais pas ce type et je voulais être sûre de pas avoir de problème avec. Je sais me défendre sans problème, mais c’est toujours plus efficace d’avoir quelqu’un qui fait peur avec soi.
— Attends, c’est moi qui fait peur ?
— Un vampire, ça fait peur à tous les humains. »

Il ne répondit rien, iel avait raison.
« Non, c’est un travail un peu plus excitant que j’ai à te proposer. Tu as déjà travaillé dans les affaires ?
— Dans une autre vie, oui. Mais c’était il y a très longtemps.
— Tu te souviens de comment ça fonctionne ?
— Vaguement oui.
— Parfait, il faudra juste que tu sois un peu plus… discret. Et brutal, parfois.
— C’est quoi exactement comme travail, Lissandre ?
— Du recel. »

Il s’étrangla à moitié en entendant ça.
« Du recel ? Mais enfin c’est quoi ton travail à toi ?
— Je gère un petite entreprise locale, rien de plus. Enfin, plus qu’une entreprise, nous sommes une famille. » Iel fit un clin d’œil à Daniel.
« Pourquoi tu me fait confiance comme ça ? On se connaît pas tant que ça je pourrais être un informateur, je pourrais…
— Tu pourrais rien du tout. J’ai des sources. Et puis, tu as attaqué la justicière locale je te rappelle, j’ai pas besoin de te faire confiance puisque si tu me trahis ton identité finira directement dans sa boîte au lettre.
— Donc, dit Daniel après un long silence, j’ai pas vraiment le choix en fait.
— Bien sûr que si, je ne te force à rien ! La seule chose pour laquelle t’as pas le choix c’est celui de garder le silence, mais pour le travail c’est comme tu le sens.
— Je… je dois réfléchir. Je te dirais ça demain. »

Lissandre le raccompagna jusqu’à la porte. En rentrant chez lui, son esprit était embrumé, trop de questions y tournaient sans cesse pour qu’il ai le temps d’y répondre.

Mais après tout, lui qui trouvait son travail actuel lassant, ce pourrait bien être une reconversion intéressante.


Écrit le 1 Vendémiaire 230.

Il n’y a rien à faire

Dormir dans le froid, manger de la merde, tourner en rond, recommencer. Ce cycle, je le connais bien depuis le temps. Il n’y a rien à faire.

Aucune idée du temps que j’ai passé ici, les jours se suivent et se ressemblent. Une fois de temps en temps un enfant s’arrête devant la grille et me regarde avant que sa mère ou son père ne l’appelle. C’est le plus proche d’une relation que j’ai. Ça, et la gamelle jetée dans ma cage le soir. Il n’y a rien à faire.

J’ai pensé à tenter de partir, loin d’ici. Mais à quoi bon, il n’y a rien à faire.

La seule chose que j’aurais voulu est impossible. Tout ce qu’il me reste maintenant ce sont mes souvenirs. Ceux de Anne. Ceux de Astier. De la vie qu’on avait. Au bar, à la maison, en balade. Y penser me fait souffrir atrocement, mais je ne peux m’en empêcher. Il n’y a rien à faire.

J’ai passé une grosse partie de ma vie dans une cage similaire, et pourtant celle-ci me paraît bien pire que dans mes souvenirs. Peut-être est-ce vrai. Peut-être pas. Les humains ici sont distants. Les employés ne m’approchent pas. Les autres ne me voient même pas. Il n’y a rien à faire.

Les vieux chiens, ça n’est pas ce que les gens veulent. Un bon chien, c’est un chien jeune, joli, une boule de poil à mettre dans le salon comme décoration et jouet pour les enfants. Il n’y a rien à faire.

Je repense à Astier. Je repense à Anna. Et je repense à leur famille qui m’a abandonné à nouveau. Rage. Il n’y a rien à faire.

Les autres chiens sont dans d’autres cages, invisibles à mes yeux. Je les entends parfois. Les jeunes ne restent pas, les vieux ne parlent plus. Il n’y a rien à faire.

Lorsqu’il pleut, je suis trempé, lorsqu’il neige, je suis gelé. Et lorsqu’il fait chaud, je n’ai pas d’eau. Il n’y a rien à faire.

J’espère revoir bientôt cette mégère qui m’a prit mes humains, j’espère que bientôt elle me visitera moi aussi. Il n’y a rien à faire.

Rien à faire.

« Eh, petit. » Des doigts contre la grille.

J’ouvre les yeux. Je vois une femme, elle passe ses doigts à travers les barreaux. J’arrive à me lever, ça faisait longtemps. Je la sens, sa peau est sombre, je ne reconnais plus les odeurs. Elle me caresse. C’est agréable, si agréable. J’avais oublié cette sensation.

« T’as pas l’air bien petit. Ça doit faire longtemps que tu es là, mon pauvre. »

Si tu savais.

« Ça te dirait de sortir ? »

Impossible. Les vieux chiens ne sortent pas.

« Je vais revenir bientôt avec mon fils, tu verra. »

Elle est partie. Il n’y a rien à faire à nouveau.

« Tu vois, c’est celui-ci. »

Des paroles. On vient chercher un des jeunes chiens.

« Il a l’air vieux et fatigué le pauvre, on peut pas le laisser là maman. »

Du bruit, une serrure, une porte qui grince. Une ombre devant moi. J’ouvre les yeux. C’est la femme. Il y a trois personnes avec elle. Pourquoi tout ce monde ?

« Allez, tu veux venir, Sakapuss ? »

Mon nom. Pourquoi mon nom ?

L’un d’eux s’approche. C’est moi qu’on vient chercher. Pourquoi on vient me chercher ? Je suis un vieux chien, les vieux chien ne sortent pas.

Si. La porte est ouverte. On vient me chercher. On me fait sortir. Je veux sortir. Quelqu’un veut de moi. Il y a enfin quelque chose à faire.


Écrit le 5 Sans-culottide 229.

Une entrevue avec Bessi

Je venais d’arriver à La Novèla Gascona, ce qui était devenu au fil des années le plus gros journal local. Bien que restant tout de même de taille modeste en comparaison avec ses rivaux urbains, il était difficile de se faire réellement remarquer lorsqu’on débutait, et j’étais particulièrement transparent à ce moment là. Mes seuls tâches consistait à apporter le café, faire des photocopie, et répondre aux petits vieux qui se plaignait de ne pas avoir reçu leur journal à quatre heures précises ce matin.

Cependant, j’avais un atout dans ma manche. Je connaissais le fils de la chanteuse actuelle du groupe Asylum, que tout le monde connaît sous le pseudonyme de Bessi. Si j’arrivais à le convaincre de persuader sa mère de m’accorder une interview, ça me vaudrait sans aucun doute une promotion et une place de choix dans le journal. J’avais justement rendez vous avec le fils en question, Théo Pujol, et après l’avoir cuisiner un peu je lui demandais ce service.

« Je vais voir ce que je peux faire » me soupira-t-il.

Et apparemment, il pouvait faire beaucoup lorsqu’il était question de sa mère, malgré la relation plus que tendu entre lui et son père Damien. Jamais elle n’avait accepté une entrevue, par peur pour sa vie privée d’après Théo, mais pour son fils elle avait accepté à la condition expresse qu’il n’y ai ni photo ni aucune information personnelle permettant de l’identifier en tant que Annick Pujol, ce que j’acceptais bien sûr sans discuter.

En arrivant devant la maison Pujol, de vieux souvenir me remontait de lorsque je passais voir Théo après l’école. Cette grande bâtisse rouge n’avait pas changé depuis toutes ses année, avec sa terrasse en bois qui l’entourait et sur laquelle nous passions des après-midi à jouer. Et ce grenier dans lequel nous faisions toujours de nouvelles découvertes, que ça soit dans des coffres ou en nous-même, comme une vielle lampe à huile ou sa bisexualité. Je frappais à la porte et Annick vint m’ouvrir, elle sembla me reconnaître quelque peu mais ne dit rien.

Nous nous installâmes dans le salon, à cette heure-ci de la journée personne à part elle n’était à la maison pour nous déranger. Je lançais l’enregistrement audio et commençait à réciter le petit discours que j’avais préparé à l’avance.

« Bessi, cela fait maintenant cinq ans que vous êtes la tête du groupe Asylum, connu comme l’un des plus gros groupe de Heavy Metal du pays, pourtant jusqu’à présent vous n’avez accepté aucune entrevue avec un journaliste, pourquoi cela ?
— Je tiens à ma vie privé, tiens, répondit-elle en riant. La plupart les journalistes qui s’intéressent aux musiciens et aux célébrité n’en ont rien à faire de nos vie privée. Enfin plutôt, ça les intéresse énormément, mais pas pour nous la laisser, pour la vendre aux gens. J’ose espérer que vous ne ferez pas de même.
— Aucun risque, je l’ai promis à votre fils et je vous le répète maintenant encore une fois. »

L’entrevue se déroula rapidement, j’avais beaucoup de matière malgré la restriction de cacher son identité. Une fois terminé, nous discutâmes un peu, elle se souvenait effectivement de moi, même si j’avais beaucoup changé depuis.

« Attends, que je me rappelle… Ton nom c’est Alis, c’est ça ? Alis Fontaine je crois.
— Effectivement, vous avez une bonne mémoire madame Pujol.
— Appelle moi Annick et arrête de me vouvoyer, répondit-elle en me souriant, on est plus en train de travailler. »

Je restais encore une heure ou deux avec elle, à parler de Théo, de sa relation avec son père, de sa famille, puis je pris congé avant que la famille en question ne revienne du travail ou de l’école. Je n’avais plus qu’à mettre en forme mon article, à le proposer à la rédaction et à voir leur tête lorsqu’il verrait qui j’avais réussit à interviewer.


Écrit le 4 Sans-culottides 229.

La boulangerie

« Tu es sûr que c’est une bonne idée ?
— Pourquoi ça en serait pas une ? On a plein de client tu sais, répondit Serge.
— Je sais, je sais, mais je veux dire, tu y passe déjà beaucoup de temps…
— Oui, je sais bien, mais il faut bien qu’on gagne de l’argent non ? Et puis, c’est bien connu que le métier de boulanger ça demande beaucoup de temps mon chéri. »
Gauthier ne répondit rien.
« Ne t’en fait pas, je ne t’abandonnerais pas, toi ou notre fille, dit Serge en souriant.
— Ça n’est pas ce qui m’inquiète…
— Alors qu’est-ce qu’il y a ? »
Après un silence qui sembla durer une éternité, Gauthier répondit enfin : « Rien… J’ai juste peur que tu te ruine la santé à travailler sans cesse comme ça.
— Je ne suis pas mon père, ma famille et ma santé passeront avant le reste. Mais c’est juste que c’est plus possible maintenant de garder la boulangerie dans la petite remise à coté de la maison, il y a beaucoup trop de client.
» Et puis, ça veut dire que j’aurais suffisamment de place pour engager des employés et réduire ma charge de travail, t’as pensé à ça ?
— Je ne suis pas sûr que ça « réduira ta charge de travail » mais si tu le dit.
— Tout ira bien, ne t’en fait pas. » murmura doucement Serge en enlaçant Gauthier.

La Boulangerie Tessier était située en plein centre du village, deux cents mètres de leur maison. Elle était énorme, en comparaison avec le placard à balais dont il se servait jusqu’à présent. C’était une vielle bâtisse qui avait eu besoin d’un simple rafraîchissement et mise au norme sanitaire avant de pouvoir ouvrir. Occasion pour Serge de montrer ses talents de pâtissier et de faire une pièce montée magnifique. Faite de chocolat, de fruit rouge avec des touche de caramel, elle fut l’attraction principale de l’ouverture de la boulangerie. Une part fut bien sûr offerte aux premiers arrivés, notamment aux mères de Gauthier, Catheline et Damaris Leroux, et à l’une de ses sœur, Sabrina Leroux.

« Kévin et Amandine ne sont pas venu ? demanda Gauthier à sa sœur.
— Non, ils ont prévenus Serge qu’ils avaient un examen important aujourd’hui et qu’ils seraient pas disponibles.
— Oh. Ça fait longtemps que je ne les ai pas vu, comment ça se passe à l’université ?
— Très bien, l’association est tellement populaire qu’on est quasiment tout le temps envahis de monde, répondit Sabrina en riant. C’est sympa mais c’est un peu épuisant par moment.
— J’imagine oui.
— Et toi, comment ça va en ce moment ? T’as pas l’air dans ton assiette.
— Ça va, ça va. J’angoisse juste un peu de tout ça. » Il désigna le bâtiment autour d’eux.
« À cause du prêt ?
— Non, à cause de Serge, il va encore se ruiner la santé, je le sens. »

Il y eut un silence pendant lequel Sabrina cherchait quoi dire pour rassurer son grand frère. Mais malheureusement elle savait qu’il avait raison, Serge passait déjà plus des trois quart de son temps dans la petite boulangerie qu’ils avaient avant, il n’y avait aucune raison que ça change maintenant malgré ce qu’il pouvait en dire.

« Tu lui en as parlé ?
— Bien sûr, il a dit qu’il déléguerait, j’espère.
— Fais lui confiance, va, grand frère. »

Bien sûr ce ne fut pas le cas. Sa charge de travail ne diminua pas, mais surprenamment elle n’augmenta pas malgré le nombre croissant de clients qui entrait dans la boutique tous les jours. Bientôt elle serait connue dans tous les villages alentours et aurait plus de succès que jamais. Ça n’apporta pas un grand réconfort à Gauthier cela dit. C’était son mari qu’il voulait, pas plus d’argent.


Écrit le 3 Sans-culottide 229.

Le quatuor du Manoir

Alaìs Pujol en était à sa deuxième année, à la fin de sa deuxième année pour être plus précis. Elle en était aussi à son 6 ou 7ème amant, c’était dur de se souvenir sans son carnet, son objectif étant de 20, mais pas nécessairement en même temps. La plupart vivaient avec elle dans la résidence étudiante, tout ce passait relativement bien dans cette espèce de mini-communauté caractéristique d’une résidence étudiante. Elle avait également d’excellente note et ses professeurs l’appréciait beaucoup pour son sérieux et son implication en classe.

Néanmoins, depuis quelques temps elle avait envie de changer d’environnement. Les résidences universitaires sont des mini-communautés qui peuvent être très sympathiques, mais en tant que communautés dans la Communauté, elles sont assez hermétiques et peu de nouveaux visages se présente une fois les chambres attribuées. Et voir de nouveaux visages, c’est pile ce dont avait besoin Alaìs. Elle demanda donc à rejoindre le Manoir, l’association phare du campus. Elle connaissait déjà quelques membres là-bas, notamment Amandine Leroux qu’elle avait côtoyé à l’école primaire. Après quelques rencontres, les différents membres du Manoir acceptèrent son intégration et elle commença son emménagement là-bas.

Quelques jours après son arrivée, quelque chose la frappa. Pas littéralement cela dit. Elle était au courant que Amandine Leroux et Mélanie Lenoir s’étaient fiancée dans l’année, l’information avait fait trois fois le tour du campus. Ce qu’elle ignorait en revanche c’est que, si les fiançailles ne concernaient que ses deux là, l’amour lui concernait également au moins deux autres personnes du Manoir : Estelle Manchoulas, une célébrité locale, et Catalina Bernard, une inconnue locale. De façons assez étrange pour Alaìs, toutes les quatre semblaient vivre le fait sans problème. Évidemment il y avait des disputes de temps à autre, comme dans toutes relations, mais pas plus que ce qu’elle avait l’habitude de voir dans les couples monogames qu’elle connaissait. Elle qui était libertine, comme elle se définissait, elle n’avait jamais pensé qu’une relation à long terme puisse fonctionner à plus de deux personnes. En réalité et pour être tout à fait honnête, elle ne pensait pas qu’une relation à long terme puisse fonctionner tout court, ses parents en étant un parfait exemple. Cela changea totalement sa façon d’envisager ses relations amoureuse. Ou plutôt ça aurait pu, mais en fait non, elle était bien plus à l’aise en restant libre comme elle l’avais toujours fait. Mais au moins elle comprenait un peu mieux les autres, et elle se disait que, peut-être, après tout, il y avait de la place pour des relations longues et saines dans ce monde.

Néanmoins, tout cela laissait sur le carreau un certain Hugues Delambre, qui était toujours dans l’ancienne résidence d’Alaìs. Lui n’avait jamais envisagé sa relation avec Alaìs comme elle. Pour lui, elle était sienne et réciproquement, et ce malgré les nombreux rappels de cette dernière lors de ses crises de jalousies puériles. Il avait finit par tolérer le fait qu’elle couche avec d’autres seulement parce qu’il était persuadé d’être plus à ses yeux, d’être spécial, qu’un jour elle se rangerait et que ça serait à ses cotés. Malheureusement, ses espoirs partirent en éclat le jour où il vit qu’elle était partie, sans lui proposer de venir ou lui dire au revoir.

Mais elle verrait, elle reviendrait, se disait-il.

Elle verrait.


Écrit le 2 Sans-culottide 229.

La tête dans la lune, partie II

Il y a quelques nuits, alors que j’étais sortie regarder les étoiles sur le gazon, j’ai vu un espèce de gros chien au fond de notre jardin, en train de creuser. Je me suis approchée en faisant de grand geste pour le faire partir mais sans succès. Il s’arrêta simplement de creuser et se mit à me regarder fixement. Dans la nuit, j’avais l’impression que ses yeux luisaient d’un jaune pâle, je me persuadais que c’était le reflet de la lune et repris de faire de grand geste pour le faire partir. Toujours pas de succès. Pire, même, il se mis à s’approcher de moi lentement, sortant doucement ses dents de sous ses babines. Je me mis à reculer doucement, jetant un œil sur la maison, je vis qu’elle était trop loin pour que je puisse courir me réfugier à l’intérieur. Tout à coup le loup se jeta sur moi sans que j’ai le temps de réagir, me mordant la jambe gauche et déchirant ma chair, avant de repartir précipitamment lorsque je réussis à enfoncer mon pied gauche dans son torse, brisant quelque côtes au passage.

Je boitais pour rentrer dans la sécurité de la maison mais je m’effondrais avant d’atteindre la porte et perdais connaissance. Au petit matin, je me retrouvais de l’autre coté du campus, épuisée mais sans douleur. En regardant à travers les trou de mon pantalon, je ne vis aucune blessure, juste du sang séché sur un jean bon à jeter. Je n’avais plus de douleur non plus, et je pu rentrer à la maison sans difficulté. Personne n’était encore levé et j’en profitais pour rapidement filer dans ma chambre me changer et chercher à comprendre ce qu’il se passait. Mais la réponse m’échappa toute la journée.
Le soir, une heure après le coucher du soleil, je ressenti une douleur dans la poitrine, j’avais l’impression que j’allais me déchirer de l’intérieur. Lors qu’elle cessa, je me rendit compte que j’étais couverte de poil. En me ruant sur le miroir le plus proche, je vis que mon visage en était couvert également, que mes yeux avait changés de couleur et de forme, que j’avais des crocs à la place des dents. Je refusais de croire ce que je voyais. Mais finalement la chose se répéta soir après soir, avec cette transformation venait une faim dévorante, presque insatiable. Je finis par me rendre à l’évidence.

« Je suis un loup-garou. »

Mélanie et Amandine regardait Sabrina, abasourdies par son récit.

« Pourquoi tu nous rien dit ? articula finalement Amandine.
— Pour ne pas t’inquiéter, je te connais tu sais.
— Mais enfin, pourquoi tout le monde me dis ça en ce moment ? »
Sabrina rit. « Parce que c’est vrai, et tu le sais. D’autant qu’il n’y pas de raison de s’en faire, je me maîtrise et je n’ai pas séquelles.
— Oui mais il faut que tu nous dise quand un truc pareil se produit, d’accord ? Ta sœur va finir par mourir d’angoisse si elle pense que tu lui cache des trucs pareil tu sais, dit Mélanie.
— Haha, très bien, c’est promis. »


Écrit le 30 Fructidor 229.

Rentière !

« Très bien Alexis, reprends avec la gamme précédente maintenant. »

La voix de Rachelle résonnait dans la grande salle de bal où se trouvait le piano à queue. Elle souhaitait transmettre à son fils, plus que sa fortune, sa passion pour la musique, ou à défaut des compétences en piano et en danse.

Il s’en sortait bien pour son âge, même pour un adulte il s’en sortirait bien en réalité. Mais elle sentait qu’il n’avait pas cette passion qui l’habitait au fond de lui, que ça soit pour le piano, un autre instrument, la danse ou la musique en général. La seule passion qui l’animait vis-à-vis du piano c’était de l’ouvrir pour trifouiller les mécaniques. Plus d’une fois Rachelle ou sa femme, Mélissa, l’avait sauvé in extremis du couvercle qui allait se refermer sur lui alors qu’il était penché à l’intérieur de l’instrument. Bien sûr elles lui avait interdit de recommencer à chaque fois, et bien sûr il n’avait jamais écouté, il se montrait plus prudent maintenant cela dit. Il était tout simplement fasciné par le fonctionnement interne des instruments et des machines en général, heureusement pour la santé mentale de ses mères, il n’avait pas accès à des outils lui permettant d’ouvrir les appareils électriques de la maison. Pour canaliser sa passion, le couple lui avait acheté un nombre impressionnant de jeu de construction de tout type, des Meccano, des Lego… Il avait même eu droit à un abonnement au CAM depuis quelques mois.

Alors qu’Alexis se trouvait en plein milieu de sa partition, Mélissa fit irruption dans la pièce, se rua vers eux et plaqua une feuille sur le couvercle du piano d’une main ferme en criant :
« Boom ! »

Les deux autres la regardait d’un air ahuris. Au bout de plusieurs secondes de silence interloqué, Rachelle demanda doucement :
« Boom ? 
— Oui, boom ! répondit Mélissa en remettant sa mèche brune en place.
— Mais quoi « boom » ?
— Boom j’ai eu l’accord de la communauté de commune pour louer des maisons !
— Attends, quel accord ? T’as demandé ça quand ?
— Mais si, tu te souviens, je t’en avais parlé il y a quelques mois et m’avais dit que t’étais ok. »

Rachelle réfléchit plusieurs secondes avant de répondre en croisant les bras sur son tailleur bleu : « Hum, je pense que je t’avais plutôt dit de faire ce que tu voulais parce que tu me lâchait pas avec ça.
— Oh ça va, c’est la même chose, t’as dit oui en gros, répondit Mélissa avec un revers de la main.
— Certes… Et donc ?
— Et donc voilà ! En plus ça tombe bien, y a justement de nouvelles têtes qui arrivent dans pas longtemps et qui cherchent de quoi louer.
— Ah parce que t’as des maisons maintenant toi ?
— Pas encore. Enfin pas tout à fait. C’est en cours. Il faut que tu me signe ça avant. » Elle désigna la feuille posée sur le couvercle du piano.

Rachelle prit la feuille et la parcouru rapidement. Pendant ce temps là, Alexis s’éclipsa discrètement pour retourner à ses Meccano dans sa salle de jeux.

« C’est beaucoup d’argent quand même, fit remarqué Rachelle en faisant la moue.
— Oh ça va, on se fait ça en à peine quatre mois, on peut bien l’investir non ? Et puis, pense à ce que va nous rapporter derrière. » L’excitation se lisait sur le visage de Mélissa.
« Bon, bon. De toutes façons j’ai déjà dis oui.
— Exact ! confirma-t-elle fièrement, les mains sur les hanches.
— Voilà, contente ? » Rachelle tendit la feuille signée à sa femme.
« Très ! Je t’aime ma chérie. » gloussa Mélissa en l’embrassant sur la joue avant de repartir aussi vite qu’elle était venue.

Rachelle soupira. « Bon, on reprends… Alexis ? »


Écrit le 12 Fructidor 229.
Repris le 1 Sans-culottide 229.

La tête dans la lune, partie I

« Il se trame quelque chose de pas net avec Sabrina » pensait Amandine. Certes elle a toujours aimé la nuit et les étoiles, elle avait en fait une véritable passion pour l’astronomie et passait des heures à observer le ciel avec ou sans télescope une fois la nuit tombée, mais elle semblait… changée ces derniers temps. Elle passait plus de temps qu’à l’accoutumée à l’extérieur la nuit, elle ne semblait presque plus dormir avant le matin en fait, Amandine entendait des bruits provenant de la chambre de Sabrina toute la nuit. Il fallait batailler le matin pour la tirer de son lit et l’envoyer en cours. Elle qui était d’habitude si studieuse, c’était complètement incompréhensible.

Elle n’osait pas en parler à sa sœur ou à son frère, de peur de démarrer une dispute sans fin sur le fait qu’elle passe son temps à se mêler de ce qui ne la regarde pas. C’était peut-être vrai, mais il n’empêche qu’elle avait de bonne raison de s’en faire. Et elle ne connaissait pas suffisament Estelle pour lui parler de ses peurs. Finalement, elle finit par en parler Mélanie, sa petite-amie, alors qu’elles étaient en pleine partie d’échec, lui jetant tout ce qu’elle avait sur le cœur en quelques minutes sans lui laisser le temps de répondre. Mélanie avait l’habitude maintenant, elle attendit patiemment que sa chérie ai finit de déblatérer avant de lui répondre qu’elle aussi se faisait du soucis pour Sabrina depuis quelques temps. Une réponse à laquelle Amandine ne s’attendait pas du tout, Mélanie lui semblait si détachée vis-à-vis de ce qu’il se passait qu’elle était persuadée que celle-ci n’avait rien remarqué.

« Mais… mais pourquoi tu m’a rien dit ?
— Je ne voulais pas ajouter à ton anxiété générale, Chérie. Tu es déjà assez sur les nerfs sans en rajouter une couche.
— Je suis absolument pas sur les nerfs, je suis très calme » s’indigna Amandine.

Elle n’eut comme réponse qu’un petit gloussement amusé.

« Bon alors on fait quoi ? reprit Amandine.
— Qu’est-ce que tu veux faire ? On va pas lui faire une « intervention » comme dans les films, répondit-elle en appuyant les guillemets avec les doigts. Il faudrait déjà savoir ce qu’il se passe avant de savoir quoi faire.
— Mais comment tu veux savoir ça ?
— Très bonne question. À part en l’espionnant je ne vois pas comment, elle ne dirait probablement rien si on lui demandait. Pire, elle se fermerait sûrement à nous.
— Parce que tu crois que l’espionner la mettra en confiance ?
— Bien sûr que non, c’est bien pour ça que je te dis que je ne sais pas quoi faire. »

C’est alors qu’une voix se fit entendre du fond de la pièce :
« Moi je sais ce qu’elle a. »

Les deux filles se tournèrent vers l’intrus, jusque là inaperçu. C’était Kévin, allongé sur le canapé dans une posture dont il avait le secret.

« Depuis tu nous écoute, petit con ? lança Amandine.
— Depuis que vous m’avez réveillé, vous braillez depuis 10 minutes, répliqua l’incriminé en se levant.
— Tu va où ?
— Dans ton…
— Kévin, coupa-t-elle, soit sérieux s’il te plaît. On se fait vraiment du soucis pour Sabrina, alors si tu sais quelque chose dis nous le.
— Nope. J’ai promis de rien dire, si tu veux savoir va lui demander. »

Amandine commençait à bouillir intérieurement. Elle aimait beaucoup son frère, mais il était vraiment exaspérant en toutes circonstances. Mélanie prit la parole avant que sa compagne n’ai le temps de répliquer :
« Tu pense vraiment qu’elle nous le dira si on lui demande ?
— Y a pas de raison pour qu’elle vous le cache je pense. C’est pas si dramatique que ça, hein. » répondit-il en haussant les épaules avant de sortir de la pièce.

Mélanie et Amandine se regardèrent un moment avant de décider d’aller en parler à Sabrina, le moment venu.


Écrit le 29 Fructidor 229.

Quarante ans dans la nuit noire

Avertissement de contenu : violence.


Ça faisait quarante ans qui Daniel était ici. Quarante ans dans cette petite maison à l’écart, dans cette petite ville perdue au fin fond de la campagne. Quarante ans qu’il ne sortait que la nuit pour amuser la foule comme magicien ou pour écrire un nouveau roman à succès. Quarante ans qu’il en avait trente et que le soleil le tenait en terreur. Il y a quarante ans, il était sûr que les planches du spectacle serait sa voie vers le bonheur. Mais quarante ans, c’est long, et entre temps il s’était égaré et avait perdu toute la passion dont son métier l’emplissait jusqu’alors. Il ne voyait plus vraiment de raison de partir travailler toutes les nuits. Sans passion, à quoi bon ? Bien sûr sa position et sa renommée lui permettait d’engranger pas mal d’argent, mais cette dernière allait commencer à devenir un problème. Les gens normaux, et même les plus grandes stars, ne sont pas sensé vivre quarante ans sans prendre la moindre ride. Bientôt il devrait de toutes façons quitter le devant de la scène, mais pour faire quoi ?

Un soir, alors qu’il rentrait chez lui après le travail, il vit une scène peu commune dans une si petite ville. Deux inconnu·es se tenait dans la rue, un·e près de sa voiture, l’autre juste devant, l’empêchant de partir. Et les deux se hurlaient dessus dans la nuit. Curieusement, ça se semblait pas encore avoir attiré l’œil du voisinage, les aides de l’état pour l’isolation avaient été bien utilisées apparemment. Il commença a passer son chemin, ça n’était vraiment pas ses affaires. Mais lorsque l’une des deux personnes pris le dessus sur l’autre, il remarqua quelque chose. La personne qui était maintenu à terre ne lui semblait pas humaine, son teint de peau était verdâtre. Une sorcière ! Cela lui fit remonter de nombreux souvenir de chasse aux non-humains, sorciers comme vampires avaient longtemps victimes de ces foules hystériques, mis à mort en toute injustice et en toute impunité. Il ne pouvait supporter de revoir ce genre de chose se reproduire désormais.
D’un seul bond, il se jeta sur l’humain, qu’il plaqua au sol sans difficulté et étouffa avec toute la rage dont il était capable. Rapidement, sa victime perdit connaissance. Il continua. Une main se mit alors sur son épaule :

« Arrête, il faut se tirer rapidement ! » lui dit la voix qu’il venait de sauver.

Il repris ses esprits et vit que des lumière avait commencé à s’allumer dans la rue. Bientôt les autres humains sortiraient. Après des années de trêve, si l’un d’entre eux voyait un sorcier et un vampire en train d’étrangler un humain dans la rue, les chasses pourraient rapidement recommencer avec plus d’intensité que jamais. Il traîna la personne inconsciente sur le trottoir puis fut lui-même entraîné dans la voiture du sorcier, qui démarra au quart de tour, fuyant les regards qui commençait à poindre aux fenêtres et aux portes de la rue. Si son cœur battait toujours, il serait probablement au bord de la crise cardiaque à cet instant.

« Merci, j’allais y passer sans toi, dit l’inconnu·e au volant.
— Heu, de rien. C’est normal, entre monstres il faut savoir s’aider. »
L’autre rigola. « Crois-moi, je connais beaucoup de « monstre » qui n’aurait pas levé le petit doigt à ta place. Je m’appelle Lissandre. Et toi ?
— Enchanté, Daniel. »
Iel le regarda. « C’est toi qui vit à l’Abandon, c’est ça ?
— Oui, mais comment… commença Daniel, décontenancé.
— Je connais tout le monde ou presque ici. Je te ramène chez toi ?
— Oui… oui, merci. »

Daniel l’observa en silence durant une grande partie du trajet, sans parvenir à déterminer s’il connaissait cette personne, ni s’il s’agissait d’un homme ou d’une femme d’ailleurs. Il n’osa pas poser de question mais il eut quand même une réponse :

« Ni l’un ni l’autre.
— Pardon ?
— Je sais à quoi tu pense et la réponse est : ni l’un ni l’autre. Je ne suis ni un homme, ni une femme.
— Je n’ai rien…
— J’ai l’habitude, t’en fais pas va. »

Le reste du voyage se passa silencieusement. Une fois arrivés devant chez lui, il læ remercia et descendit.

« Une dernière chose, Daniel.
— Oui ?
— Il est possible que j’ai besoin d’autres coups de main comme celui-ci, je repasserais si c’est le cas. Ça ne te dérange pas ?
— D’autres coup de main ? répondit-il un peu hésitant.
— Oui, mais on en reparlera le moment venu si tu veux bien.
— D’accord… »

Il referma la portière et la voiture disparu rapidement dans la nuit.


Le 29 Fructidor 229.